MARCEAU Marcel

 

22 Septembre 2007 : en ce tristounet début d’automne, le mime Marcel Marceau (1) s’est éteint à l’âge de 84 ans, tirant sa révérence discrètement, dans le silence... comme il se doit.

S’étonnera-t-on que ses enfants aient souhaité des funérailles «sur le thème du silence» ?

Dès 1942, Marcel Mangel (c’est son vrai nom) s’était engagé dans la résistance. Son père, déporté, mourra à Auschwitz. Artiste aux talents multiples, le jeune homme réalisa de faux papiers d’identité et fit passer la frontière à des enfants juifs, déguisés en scouts.

On retiendra aussi son séjour de quelques mois, en 1944, en zone occupée, à la maison d’enfants de Sèvres, animée par les époux Hagnauer qui pratiquaient les méthodes de l’Education nouvelle. Il y avait convoyé un groupe d’une dizaine d’enfants traqués par la Gestapo.

Juif et résistant, précise l’historienne Céline Marrot, Marceau fut moniteur d’art dans des maisons d’enfants de l’OSE (2) : châteaux de Montintin et du Couret, en Haute-Vienne, châteaux de Chabannes et de Chaumont, dans la Creuse.

A l’époque déjà, son dieu, c’était Charlie Chaplin, alias Charlot.

 

 

La suite, on la connaît davantage. Pour beaucoup d’entre nous, le mime Marceau, c’était Bip, un personnage créé en 1947, son double poétique : clown écartelé entre la naïveté et les horreurs de la vie dite moderne, silhouette filiforme surmontée d’un chapeau orné d’une fleur rouge, visage fardé de blanc aux yeux charbonneux et aux lèvres écarlates... L’émotion ne connaît pas de frontières : commence alors «pour le chasseur d’invisibles papillons, le grimpeur d’escaliers imaginaires, un voyage ininterrompu à travers le monde qui l’acclame bien plus que son propre pays», comme l’a si justement souligné Laurence Liban dans «L’Express» du 24.09.07.

Baden-Powell ne démontra t-il pas souvent qu’il était un acteur imaginatif aimant se déguiser ? Le mime ne lui était pas étranger et il s’y montrait efficace. En cela, les Comédiens Routiers, comédiens accomplis et héritiers de la «commedia dell’arte», lui étaient fidèles en faisant la part belle au mime et aux autres disciplines théâtrales où ils excellaient. Dans ce monde tout d’agitation et de bruit (pour ne pas dire de vacarme, parfois assourdissant), le mime est une forme de culture en voie d’extinction. Et pourtant des traces subsistent, ici et là.

Dans le revue «Scout d’Europe», n°216, de décembre 2004, figure une fiche technique consacrée aux «Jeux de mime». Et ailleurs l’on invitait à mimer des scènes de l’Evangile.

En Belgique, dans un dossier relatif aux veillées et destiné à «l’animateur» (FCS), on lit : «La première règle pour le mime : s’amuser et chercher à amuser ! Le mime «pur» est assez difficile. Rien n’interdit donc d’utiliser bruits, cris, paroles déformées, etc.» Et ainsi s’éloigne-t-on de ce qui fait l’essence même du mime : le silence qui accompagne la gestuelle et les expressions du visage tout en canalisant l’attention, la concentration du spectateur et, de là, susciter le rire, l’émotion. L’art du silence ! La magie du silence ! A redécouvrir...

«La parole n’est pas nécessaire pour exprimer ce qu’on a sur le cœur», faisait remarquer Marcel Marceau, le roi du silence. Et il ajoutait volontiers : «Avant de dire quelque chose, il faut s’assurer que le silence ne soit pas plus important.»

Un témoignage d’ancien chef éclaireur, parmi d’autres et qui parle à lui seul :
«En art dramatique scout, le mime ne tient plus la place de choix qu’il avait de mon temps dans les veillées. C’était une des cordes de mon arc d’éducateur et j’y prenais plaisir autant que mes scouts et leurs parents lors des fêtes de groupe. Marcel Marceau, c’était un dieu sinon un maître et, avec lui, c’est encore un peu de l’époque Chancerel qui s’en va...
Avec le mime, on réalisait des choses merveilleuses avec RIEN que des idées, et encore des idées (surtout de gags chez les scouts) : pas de texte, sauf le titre, mais des gestes et de l’expression.
«J’avais un chef de troupe qui passait des heures à répéter tout seul ses mimes devant son armoire à glace... et, en finale, il nous faisait pleurer de rire. La belle époque ?» «Je suis convaincu que le mime, de par le travail qu'il nécessite, et par la joie saine qu'il sème, contribue puissamment, encore plus que d'autres voies d'animation, à façonner des vocations de chef.»

En ces quelques lignes, l’essentiel est dit. Prenez-en de la graine, belle jeunesse : l’avenir du scoutisme est à vous !


Toucan (Jean-Pierre Destrebecq)

 

 

(1) Pseudonyme choisi en référence à un vers de Victor Hugo : «Hoche sur l’Adige, Marceau sur le Rhin.»
(2) Œuvre de Secours aux Enfants.

 

 

Commentaire. Le bruit courant que Marcel Mangel avait été Eclaireur, nous nous sommes rapprochés des hautes sphères des E E D F.

Voici notre message aux EEDF : Le bruit court que le Mime MARCEAU aurait été E.D.F.

Cela me ferait bien plaisir, eu égard à la valeur du mime en matière d'éducation de celui qui le pratique, autant que de la joie qu'il apporte généralement au public jeune ou adulte. Peux tu me confirmer si MARCEAU a fait partie de la famille EDF à telle période de sa vie ou non. Quel que soit ton verdict, je vais passer un petit article sur notre site, ce gars là mérite bien qu'on lui fasse honneur.

Voici la réponse documentée des EEDF : Pas chez les EDF mais chez les EIF car le jeune Marcel Mangel appartient à une famille juive alsacienne réfugiée en Dordogne ou dans le Sud Ouest en 1940. Il ne semble pas que son nom ait laissé un souvenir dans la mémoire des Eclaireurs Israélites mais pourtant Alain Michel le cite dans son bouquin sérieux tiré de sa thèse (2003, p. 148). Il faisait partie des Compagnons de l'Arche (rien à voir avec la communauté de Lanza Del Vasto), l'équivalent chez les EIF des Comédiens Routiers chez les SDF, actifs pendant la guerre et après semble-t-il mais je n'en sais pas plus, animés par un chef EIF André Marcovici dont je ne connais rien. Vie culturelle EIF importante notamment en chant autour d'Henri Milstein, musicologue juif important, cité aussi par H. Michel, il faudrait le solliciter pour en savoir plus sur Marcel Marceau. Ce doit être autentique car Jean-Paul Bader m'en avait touché un mot une fois, c'est une autre piste. Pour aborder la question, il faut la prendre par l'art chez les EIF dans la décennie 1940.

Conclusion : Peut être que cet éloge aménera des précisions. Pour le moment, aucune certitude que Bip ait été Eclaireur. Nous avons aussi transmis la réponse des EEDF aux EEIF, et nous publierons ici d'éventuels compléments.