Historique de la F.F.E.

 

     Les premières unités de ce qui deviendra la FFE sont apparues en France au cours des années 1911-1912, sous l’impulsion de jeunes femmes entreprenantes et idéalistes, principalement au sein des Unions Chrétiennes de Jeunes Filles (UCJF), mouvement de jeunesse protestant. Une commission éclaireuses y est créée dès 1912.

Tout de suite apparaissent des tendances différentes, notamment en ce qui concerne l’attachement aux principes des UCJF, groupes dits « unionistes », ou au contraire indépendants de fonctionnement comme de choix spirituels ou de milieu d’implantation, groupes appelés « neutres » par la suite faute de mieux.

 

 

     Ces groupes vont, au cours de la décennie suivante se rencontrer et s’organiser. Antoinette Butte formule une Loi, écrit un manuel. Des statuts sont rédigés dès 1919 au Congrès de l’Oiseau bleu. Le nom « éclaireuses unionistes » est abandonné. Les bases d’un mouvement sont jetées, et au Congrès de Lyon, en 1920, Violette Mouchon est élue Commissaire Nationale. Mais il faudra attendre le Congrès d’Epinal en 1921 pour que soit formée la FFE, réunissant les groupes « unionistes » et les « neutres » en un seul mouvement où, écrit Marguerite Walther, « n’importe quelle petite française pourrait se sentir à l’aise ».

 

 

Catalogue de la Samaritaine vers 1920 : présentations des uniformes de « girls scout »

 

 

     Des groupes catholiques se créent, mais l’union avec les Guides de France ne se fait pas. En 1924 également, les unités féminines israélites sont créées par les Eclaireurs Israélites de France (EIF), mais sont tout de suite rattachées à la FFE, lui donnant sa pleine dimension « U.N.I. ». Ces unités conserveront une double appartenance FFE et EIF.

Le scoutisme d’extension s’organise dans les années 1930-1932 : les Eclaireuses Malgré Tout sont créées, pour les malades et les disséminées. Dès 1920 des unités se créent Outremer, Afrique du Sud, Guyane, Egypte, Indochine …

 

    La guerre voit l’interdiction du scoutisme en zone occupée, et l’organisation d’activités clandestines. La FFE s’installe à Vichy. Le Scoutisme Français est créé en 1940, à l’Oradou. Violette Mouchon se lance, avec d’autres cheftaines FFE, dans l’aventure de la CIMADE (Comité Inter Mouvements Auprès des Evacués). 

En 1945, la FFE délègue Geneviève Lamon pour participer, avec les EDF (Eclaireurs de France), les CEMEA (Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active) et le SNI (Syndicat National des Instituteurs), à la création des Francs et Franches Camarades, grand mouvement laïc populaire.

 

      Après la guerre, les unités israélites de la FFE se tournent de plus en plus vers le mouvement masculin, avec lequel elles ont été très liées pendant la tourmente.

Les années 1948-1950 voient l’idée de mixité progresser, spécialement pour les unités neutres qui ne vivaient pas dans un groupe local comportant d’unités masculines. Des contacts sont pris avec les EDF. Une convention est signée en 1948, qui sera rompue unilatéralement en 1950. Quelques unités neutres rejoignent les EDF. Dans la décennie suivante les EDF créent des unités mixtes qui attirent peu à peu de nombreuses unités FFE-N.

 

 

1949 - Groupe de Montceau-les-Mines

 

 

     La période après guerre verra le développement de la FFE dans toutes les régions de l’Union Française, mélangeant européennes et autochtones, d’ambitieux rassemblements nationaux et internationaux, la création de La Nef, Foyer International du Scoutisme Féminin, avec les Guides de France, l’achat de la propriété des Prés en 1953. De nombreuses adaptations pédagogiques sont menées. Ainsi, les clans libres sont créés en 1957, pour pallier le manque de cheftaines, et prennent un bel essor. La FFE est présente à la Commission Jeunesse de l’UNESCO, au Conseil Supérieur de l’Education Nationale, à la Commission de Surveillance de la Presse Enfantine, au Comité pour la dignité de la presse féminine, aux CEMEA, à l’Union des Camps de Montagne, aux Auberges de Jeunesse, etc.

 

     Malentendus entre U et N, problèmes de personnalités, migration des unités N vers les EDF, baisse des effectifs, manque de cheftaines, évolution des mentalités et des méthodes éducatives ont amené l’éclatement de la FFE en 1964.

 

     Les EDF se sont dissout le 1er mars 1964 et ont créé l’Association des Eclaireuses et Eclaireurs de France (EEdF), à laquelle la section Neutre de la FFE adhérera le 26 avril 1964. Le 15 septembre 1964, la section Neutre quitte le siège de la FFE.

A cette date, la section Israélite de la FFE rejoindra les EIF (Eclaireurs Israélites de France), qui ensemble seront les EEIF (Eclaireuses et Eclaireurs Israélites de France).

La section Unioniste deviendra FFE-U, puis à l’assemblée générale du 18 janvier 1970, fusionnera avec les EUF (Eclaireurs Unionistes de France) pour former, à l’automne 1970, la FEEUF (Fédération des Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de France), qui deviendra EEUdF (Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de France) en 1994.

 


 

Affiche FFE

 


 

Les valeurs de la FFE

 

     "Le scoutisme féminin au début du XXe siècle est arrivé au bon moment d’une évolution des esprits et des mœurs. Les femmes qui s’occupaient des « loisirs éducatifs » des filles, comprirent tout de suite que le scoutisme répondait exactement à ce qu’elles voulaient créer et l’adoptèrent avec enthousiasme, tout en l’inventant en partie, l’adaptant, le complétant. C’était une orientation de vie, basée sur l’honneur ; un engagement ; une loi, qui pouvait être un guide de vie.

     D’autre part, il s’agissait d’un programme de développement général : sorties de plein air, camps, jeux ; sports, secourisme, puériculture, feux et cuisine à l’extérieur, botanique, chants, cercles d’études, etc. toutes activités qui plaisaient infiniment aux filles de cette époque, idéalistes et sans beaucoup de distractions.

     Le regroupement des  milieux unionistes, neutres et israélites (dont les initiales forment le mot UNI) pour former la Fédération Française des Eclaireuses a été marqué dès ses débuts par un sens profond de la démocratie, avec des commissaires polyvalentes pour les trois sections, et élues à tous les échelons. Rien n’était imposé, on ne rejetait jamais une suggestion de qui que ce soit qu’elle vienne, on l’étudiait, on discutait et on décidait ensemble.

     Dès le début, la FFE est un mouvement basé sur : la confiance aux jeunes, la liberté, le respect des convictions des autres. La FFE donne aussi  une place primordiale aux valeurs de l’esprit. Toutes les activités sont divisées et graduées dans le but de faire progresser et même se dépasser chacune et le groupe tout entier, et susciter la conscience, la réflexion, la lucidité, pour faire des filles capables de choisir librement en toute occasion. Elles domineront leur travail et leurs choix au lieu de suivre ceux qui les entourent. D’autre part, elles pourront « aider les autres » plus facilement.

     Toutes ces valeurs étaient rappelées dans les réunions, les sorties, les camps, par de brefs mots d’ordre et des chants au « lever aux couleurs », des méditations sur des articles de la loi, et sur la promesse, sur la vie en général, des discussions, des cercles d’études sur des livres, des idées, des positions, et, particulièrement appréciée, par l’heure de silence, chaque jour au camp, heure de liberté, où la seule règle était le silence.

     La confiance est faite aux jeunes. Généralement, il n’y a pas d’adulte pour soutenir la cheftaine. C’est elle qui fait tout. Et c’est encore un apprentissage de la liberté et de la responsabilité. Elle se « débrouille » ; elle trouve un local, recrute les enfants, visite les Directrices d’établissement, les parents ; organise les réunions, les sorties, les camps ; trouve les lieux de camp, fait son budget, ses commandes d’épicerie, sa demande de billet de groupe ; elle fait choisir aux éclaireuses un thème de camp, prépare les mots d’ordre, les discussions et ce qui en découle pour la journée ; c’est elle qui est responsable.

     Il en sera ainsi jusqu’au bout. Cependant simultanément, les cheftaines sont mieux préparées par les cours de cheftaines, les week-ends et camps-école, les camps nationaux, dans lesquels l’organisation, la pédagogie et la technique tiennent une grande place, mais où l’accent est toujours mis sur la formation morale et la vie spirituelle par des textes qui suscitent la réflexion.

La loi et la promesse sont, à peu de choses près, restées semblables à toutes les époques de la FFE. Elles sont la force rayonnante et le trésor commun à tout le scoutisme à travers le monde. C’est ce trésor qui donne aux réunions nationales et internationales une atmosphère si particulière de grande fraternité simple et directe, porteuse de paix et facilitant toutes les discussions et confrontations. Aussi dans les camps internationaux, pour construire en commun, comme par exemple le Camp International des E.A. à Berck Plage qui a laissé derrière lui un foyer pour les malades et leurs familles.

     On peut dire que, sans jamais aucun féminisme militant, la FFE, depuis 1911, a travaillé sans cesse à faire des femmes compétentes, responsables, généreuses, et par là même indépendantes." Misaine

 

Contributions : D. ZWILLING,