LABAT Pierre

 

(1926-1955)

 

Ci-dessus : Pierre Labat en 1952 coiffé de son « bâchi » de scout marin.

 

 

 « Il y a trois sortes d’hommes, les vivants, les morts, et ceux qui vont sous la mer. »

 

P. Labat «  Le Merveilleux Royaume »

 

     Comme l’a si bien souligné Antoine Chataignon dans son ouvrage « scouts marins, parés ! », Pierre Labat est l’une des figures attachantes du scoutisme. Pionnier de la plongée sous-marine en scaphandre autonome, il fit partie, dès les premières heures, de l’équipe du commandant Cousteau. Il fut également, dès le début de l’année 1949, l’un des premiers chefs de troupes raider. Et avec ses quatre romans publiés dans la collection « Signe de Piste », Pierre Labat est considéré à juste titre comme l’un des maîtres du roman scout.

C. F.

 

Qui étiez-vous Pierre Labat ?

 

 

     Pierre Labat est né le 31 mai 1926 à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées. Il est le fils de Paul Labat, (1) officier supérieur de l’armée d’occupation en Allemagne. Orphelin par sa mère (2) qu’il perdit très jeune, Pierre est également  neveu du poète Jules Laforgue. Brillant élève du lycée Théophile Gautier de Tarbes, il prépare Polytechnique depuis deux ans quand les Alliés débarquent en France. Le 20 août 1944, comme de nombreux jeunes, Pierre refusera d’aller au S.T.O. et s'engage, pour la durée de la guerre, dans le Corps Franc Pommiès (Corps franc pyrénéen fondé en novembre 1942 par André Pommiès, capitaine d'infanterie et grand spécialiste du contre-espionnage. Ce groupe opère dans la région Sud-ouest en 1944, les effectifs s'élèvent à près de 9 000 hommes).Après avoir traversé la France, Pierre Labat et ses camarades du Corps Franc sont intégrés dans le dispositif de la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny. Devenus soldats de l'armée régulière au sein du 49ème régiment d'infanterie (Premier Régiment français à occuper Berlin où par ailleurs, il défile le 8 mai 1945 avec les forces alliées), fin 1944, ils sont reversés à la 3ème division d'Infanterie Algérienne (La 3ème DIA, avec 4 citations à l'ordre de l'armée entre 1943 et 1945, est la division française la plus décorée de la seconde guerre mondiale). Pierre, observateur d'une section de mortiers, va participer aux opérations de la campagne des Vosges puis à celle d'Alsace, la garde du Rhin, le franchissement du Rhin à Spire et la marche sur Stuttgart. Il reçoit la Croix de Guerre avec étoile de bronze pour ses qualités de courage. Suite à une gelure des pieds survenue durant la campagne d'Alsace, il est déclaré inapte au service dans l'infanterie. Le 16 avril 1945, il rejoint le 24ème Régiment d'Artillerie Divisionnaire. Reconstitué en Avril 1945 comme régiment d'Artillerie, il est employé sur la frontière franco-italienne puis transféré dans le pays de Bade dans le sud de l'Allemagne en Octobre 1945. Le glorieux étendard du régiment dissout se trouve dorénavant sous la garde du 35ème Régiment d'Artillerie Parachutiste de Tarbes au Quartier Soult (coïncidence, la famille Labat est originaire de la ville de Tarbes, rue Soult). Nommé brigadier-chef le 1er juillet 1945, il rallie l'école des cadres du centre d'instruction de l'artillerie de Nîmes, puis en septembre, il rejoint Bordeaux pour suivre les cours du Centre de Préparation à l'Ecole Navale (CPEN). En juillet 1946, Pierre est au quartier général des Troupes d'Occupation en Allemagne (TOA) à Baden-Baden. Le 10 août 1949, à la suite d'une réorganisation administrative de la zone française d'occupation, les Troupes d'Occupation en Allemagne, créées dès la capitulation de 1945, cessent d'exister. Elles prennent le nom de Forces Françaises en Allemagne (FFA), et pour la Marine, Force Maritime du Rhin en Allemagne de l'Ouest jusqu'en 1993.Le 30 juillet 1946, Pierre Labat est démobilisé. Il change d'orientation et embrasse la carrière d'avocat (Je cite « il étonna ses confrères et même les vieux magistrats par l'étendue de ses connaissances juridiques, la richesse de sa culture générale et ses dons d'orateur »), tout en préparant un brevet de pilote. 

 

 

     Très fortement impliqué dans le scoutisme, il crée à Baden-Baden, en 1947, un ordre de chevalerie scout (3) longuement évoqué dans son roman « Le manteau blanc ». Passionné de plongée, il fonde en 1952 une unité de scouts marin qui fut « le premier groupe de plongée sous-marine des Scouts de France ». Ecrivain de renom, romancier de la collection « Signes de Piste » dans les années 50, Pierre publie plusieurs romans dédiés au scoutisme et à la plongée, avec , avec entre autres « Conrad » en 1949. Il est par ailleurs un excellent dessinateur.

 

     Dans les camps d'été au fort de Saint-Elme à Saint-Mandrier, organisés avec le concours de la Marine, il conçoit avec sa troupe des scaphandres ou des appareils respiratoires, à bouteilles ou à narguilé, au moyen de masques à gaz, de bouillotes et de matériel de récupération. La troupe, qui passe du stade artisanal à une activité plus « professionnelle », bénéficie de l'aide technique du clan Sommer et de son chef André Galerne (4) (André aujourd'hui décédé fut le pionnier de la plongée civile professionnelle et président d'honneur de l'association « Scaph 50 ». Avec son ancien groupe de jeunes résistants, il créa une coopérative spécialisée dans les travaux sous-marins « SGTMF » qui deviendra la célèbre « SOGETRAM » en 1952, la première société française de travaux sous-marins professionnels).

     Dès la fin de 1952, Pierre Labat participe, avec son ami Galerne, aux premières expéditions de Cousteau à bord de « La Calypso ». Pierre reste quelques mois aux côtés du Commandant Cousteau, au tout début de la plongée en scaphandre autonome. Il plonge notamment sur l'épave du « Grand-Congloué » à Marseille où son camarade l'ex-commando plongeur Jean Servanti, un ancien du cours expérimental d'Arzew, a trouvé la mort. En 1953, Pierre publie un ouvrage relatant ses plongées avec Cousteau : « Le Merveilleux Royaume ». Cet ouvrage sera adapté dans un film réalisé par Georges Ferney et tourné à bord de « La Calypso ». C'est le premier film sous-marin issu d’une fiction. 

 

 

     Quartier-maître de 2ème classe de spécialité Equipage, immatriculé 3415T44, Pierre est reversé dans la Réserve de l'Armée de Mer (la Marine Nationale aujourd'hui) à compter du 19 mars 1953. Après trois longues périodes de réserves au Corps Amphibie de la Marine (CAM), Pierre est admis à suivre le 7ème Cours de Nageur de Combat (ci-après NC) au début de 1955, dirigé alors par Guy Cluzel NC N° 31 et Rémy Fouchaux NC N° 9, maître des cours. Il est breveté NC n° 91 le 9 mai 1955.

 

     Bricoleur passionné, inventeur de la bombe collante (la première charge NC), Pierre rêve de mettre au point, bien avant l'oxygers, un nouvel appareil respiratoire à oxygène pur et à circuit fermé, à partir d'une bouillote et d'une bouteille de « Davis ».

     Le 7 août 1955, il effectue sa dernière période de réserve et bientôt sa dernière plongée. Pierre Labat décède le 16 août 1955, au cours d'une plongée profonde d'entraînement du commando Hubert sur « l’Arroyo », le long du site des deux frères près de Toulon.

     igne prémonitoire… il écrira en épilogue de son livre dédié à la plongée « En vérité toute conquête veut qu'on la paye, chaque plongée est un acte de foi, cela ne vaut-il pas que l'on risque sa vie » il parlait bien sûr de la plongée.

     A ce jour, une plaque commémorative est toujours scellée sur le rocher nord des deux frères. Le 7ème groupe de scouts marins des Scouts d’Europe de Strasbourg et le 3ème groupe des Scouts et Guides de France de Tarbes portent le nom de Pierre Labat.

     En hommage, le Commandant Cousteau écrira : « Labat est un de ces hommes qui ont à remplir la plus belle des missions, celle d'éblouir la jeunesse en l'entraînant à la conquête des splendeurs de la nature, de lui dévoiler les joies profondes de l'effort et même du risque gratuit, car le bonheur et tout simplement l'équilibre de l'âme ne sauraient se satisfaire de la seule lutte pour une vie décente. Les héros tombés sur les flancs de l'Everest ou mutilés par l'Annapurna, les Fargues ou Serventi morts en plongée profonde, sont l'expression même d'une civilisation qui exige bien plus que le pain de chaque jour ».

 

Denis Gorce et Alain Brecqueville de l'Amicale des Nageurs de Combat.

 

1 : Paul Labat fut vraisemblablement démobilisé en même temps que son fils unique Pierre et ils regagnèrent, tous deux, leur bonne ville de Tarbes. Puis à l’automne 1949, Paul quitte la maison familiale de Tarbes pour aller s’installer dans une petite localité voisine nommée Momère, où il vécut jusqu’à sa disparition au tout début des années 80. C’est sans doute ce qui chez certains crée parfois la confusion, ils pensent que son fils Pierre Labat serait né à Momère.  

2 : Madame Labat, la mère de Pierre, née Gabrielle Durand, fut la première épouse de son père. Elle disparue alors que son jeune fils n’était encore qu’un enfant. Ce sera sa grand-mère maternelle qui élèvera le jeune Pierre.

3 : Hormis cet ordre de chevalerie scout, signalons qu’en mai 1953, Pierre Labat sera fait, par S.A.R. le Prince Xavier de Bourbon Parme, « Chevalier de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem ».

4 : Au vu des nombreux échanges épistolaires Labat/Ferney et d’après nos renseignements, ce serait André Galerne qui présenta Pierre Labat au Commandant Jacques-Yves Cousteau.

Pierre Labat nous a laissé en héritage quatre romans, qui constituent, une œuvre littéraire inoubliable et qui on fait de lui l’un des plus grands auteurs de la collection Signe de Piste.

 

 

Pour en savoir plus sur Pierre Labat :

 

http://www.jeuxdepiste.com/lectures_lignes/hommagepierrelabat.html,

http://plongeur-radin.com/fr/ecrivains-historiques/2922-pierre-labat-le-merveilleux-royaume-janvier-1953.html

http://fr.scoutwiki.org/Pierre_Labat 

 

Contribution : C. FLOQUET