BENOIT Nicolas

    Le Lieutenant de Vaisseau Nicolas BENOIT (1875 - 1914) fut l'actif importateur du scoutisme en France. On se documentera avantageusement sur son rôle déterminant dans la création du scoutisme dans notre pays en relisant l'intéressant ouvrage "AUX SOURCES DU SCOUTISME FRANCAIS" d'Henri VIAUX (Editions du Scorpion, 1961).
     Grâce au zèle de la Cheftaine EDF Lucienne RODRIGUEZ de ROUEN, fervente admiratrice de Nicolas BENOIT, le livre introuvable "LA VOIE DU CHEVALIER", qu'écrivit Nicolas BENOIT sous le pseudonyme de Victor MORGAN, put être enfin réédité dès 1981. Lucienne RODRIGUEZ, amie des BENOIT, Cheftaine Eclaireurs de France, put avec le concours de l'ancien Eclaireur de France Fernand BOUTEILLE, y ajouter des précisions biographiques intéressantes.
Né le 15 octobre 1875, Nicolas BENOIT fut tué à l'ennemi le 17 décembre 1914 sur l'Yser, à NIEUPORT-STEENSTRATE (Belgique). Sa tombe fut transférée le 3 février 1922 du Cimetière militaire de MOULIN-PYPEGRAALE-RENINGUE (Belgique) au Cimetière National de NOTRE DAME DE LORETTE à ABLAINS SAINT NAZAIRE, près d'ARRAS (Pas de Calais). Tombe 4088, carré 21.

 

Une vue très partielle du Cimetière de Lorette : la basilique 

 

     Je suis heureux, en 1990, par des démarches diverses auprés du Service des Sépultures militaires du Pas-de-Calais, d'avoir contribué à la mise à jour et au remplacement de la plaque signalétique apposée sur la tombe de Benoit à Lorette. Un seul des 6 ou 7 Benoit qui reposent à Lorette a été à la fois Lieutenant de Fusilliers marins et tué le 17 décembre 1914.
     Lucienne RODRIGUEZ m'a procuré une seconde réédition de "LA VOIE DU CHEVALIER" dans une meilleure qualité que la précédente, comportant quelques précisions biographiques supplémentaires dont une essentielle, le lieu de naissance de Benoit à Roanne. Cette réédition nous a rappelé que Nicolas BENOIT était l'auteur d'un opuscule préparant le lancement des Eclaireurs de France portant le titre "LES ECLAIREURS DE FRANCE (Boy Scouts Français) PLAN D'ORGANISATION", Paris 1911, au Journal des Voyages, 47 pages. Cette petite brochure est visible à la Bibliothèque Nationale, ainsi qu'à pu le constater notre ami Jean-Jacques GAUTHE. Lucienne RODRIGUEZ nous a également signalé chez PLON, Paris 1917, le livre "LA BATAILLE DE STEENSTRAETE", "un deuxième chapitre de l'histoire des fusiliers marins", par Charles LE GOFFIC.
     La réédition de "LA VOIE DU CHEVALIER" donne aussi les étapes de la carrière militaire de BENOIT, ses affectations successives sur divers vaisseaux de guerre, ses décorations (telle que Chevalier de la Légion d'Honneur le 12 juillet 1911) ainsi qu'un témoignage officiel de satisfaction du Ministre de la Marine par décision du 10 août 1911 "pour s'être signalé par un travail plein d'intérêt (Note sur l'organisation des boy-scouts en Angleterre) remis après un séjour d'un an en Angleterre pour se préparer au brevet d'interprète".
Henri VIAUX, dans "AUX SOURCES DU SCOUTISME FRANCAIS", donne des précisions sur l'enquête menée par BENOIT en Angleterre, action qui démontre que BENOIT a bien été le "promoteur" officiel du Scoutisme en France. Henri VIAUX y raconte l'unité initiale du scoutisme de France, une unité qui sera de bien courte durée (NDLR : 5 jours !) avant que l'oeuvre n'éclate en trois associations : les ECLAIREURS DE FRANCE (Nicolas BENOIT et Georges BERTIER), les ECLAIREURS UNIONISTES DE FRANCE (Samuel WILLIAMSON), et les ECLAIREURS FRANCAIS (Pierre de COUBERTIN), la désunion provenant moins de questions de laïcité plus ou moins accentuée comme on le croit souvent que du désir différent des Eclaireurs de France et des Eclaireurs Français de se démarquer plus ou moins fortement du scoutisme anglais, alors que la branche Eclaireurs Unionistes puisera ses sources directement dans l'Evangile. Mais les E.U.F. n'en resteront pas moins jusqu'à la guerre les excellents partenaires des E.D.F. (notamment aprés 1923 par des camps écoles communs aux chefs EDF et EUF encadrés en commun à CAPPY-VERBERIE ou même à tour de rôle, la revue commune, et cela au moins jusqu'à la seconde guerre mondiale. 

 

LA MORT de Nicolas BENOIT

 

     Jean-jacques GAUTHE a trouvé chez un bouquiniste le livre déjà évoqué "STEENSTRAETE" de Charles LE GOFFIC, dans lequel il est assez longuement question de Nicolas BENOIT.

     D'abord, nous vous présentons un portrait de BENOIT, la seule bonne photo de lui que nous connaissions. Cette photo était présente également dans l'ouvrage "LES ECLAIREURS DE FRANCE ET LE ROLE SOCIAL DU SCOUTISME FRANCAIS", du Capitaine Royet (Larousse, 1913). Comme le Ministère de la Marine avec Benoit, l'Armée dans son ensemble et peu avant la Première Guerre mondiale s'intéressait beaucoup au scoutisme. SCOUTISME ET COLLECTIONS a utilisé cette photo en en tirant une carte postale, la première qu'a éditée cette Association, rendant ainsi hommage à celui qui est le véritable promoteur du scoutisme en France.

 

 

     Voici maintenant, extrait de STREENSTRAETE, le terrible passage décrivant la mort héroïque de Nicolas BENOIT (page 190) 

 

     "L'attaque doit commencer à six heures quarante par la droite, en liaison avec celle que monte la 11ème division d'infanterie; nous sommes dans les plus longues nuits de l'année; l'obscurité n'est pas encore toute dissipée, mais comme il ne pleut pas, le terrain "s'envisage aisément" dans la grisaille du petit jour : c'est une longue prairie, pas trop détrempée, étendue entre nous et la première tranchée allemande. Et, au coup de sifflet du Capitaine BENOIT, la 2ème Compagnie, préalablement massée à la lisière extérieure, "décolle" avec ensemble. La tranchée allemande s'enflamme presqu'aussitôt; nos hommes accélèrent l'allure, soutenus et comme portés par la voix de leur capitaine qui vient de rouler à terre et qui leur crie dans un flot de sang, le bras tendu : "ça ne fait rien, mes garçons. En avant toujours !" C'est le résumé de quinze ans d'apostolat, tout l'enseignement d'une vie admirable vouée à l'exaltation de l'effort, à la culture ésotérique de la volonté conçue comme un instrument de perfectionnement moral par quoi l'âme échappe à toutes les contingences, que l'auteur de LA VOIE DU CHEVALIER, le mystique fondateur du scoutisme français, leur jetait dans ce 'sursum corda'. La mort même n'avait pu dompter ce libre adepte des vieux sages de l'Egypte et de l'Inde qui s'était exercé dans leur fréquentation à se hausser au dessus d'elle et, quand on ramena son corps à la passerelle sud, dit le lieutenant de vaisseau Daniel, "son bras tendu, raidi dans le dernier geste d'EN AVANT demeurait obstinément tourné vers l'ennemi...

     L'Enseigne LARTIGUE, qui a pris le commandement à sa place, arrive sur l'obstacle à pleine charge et l'enlève. Sans s'occuper des prisonniers, qu'un cycliste de l'état-major suffira pour conduire à l'arrière (....), il pousse jusqu'à une maison en ruines où il fait abriter un moment ses hommes. Lui-même profite de ce léger répit pour examiner la situation : à droite, la 11ème division semble avoir "progressé comme nous", mais à gauche, on ne voit pas clairement "ce qui se passe". Un officier d'infanterie survient à propos pour donner à LARTIGUE les précisions qu'il souhaite ....
 "

 

     Mr LE GOFFIC reproduit ensuite le texte d'un long discours de Mr Robert BLANCHARD aux boy-scouts, où il fait l'éloge précis de Nicolas BENOIT et approfondit le personnage (pp. 304 à 308).

 

N.D.L.R. : Dans la revue de SCOUTISME ET COLLECTIONS, titre qui est aussi celui de l'Association, Jean-Jacques GAUTHE complète ce récit d'une information que je qualifierai de consternante : 

     "Triste hasard des guerres, dit Jean-Jacques, le 25 octobre 1917 à NOMENY (Meurthe et Moselle), un officier allemand commandant le 259ème Régiment d'infanterie allemande, était tué au combat. C'était Maximilien BAYER, premier président dès 1911 de la DEUTSCHE PFADFINDERBUND et l'un des fondateurs du scoutisme en Allemagne. 

Les allemands ont donc tué le fondateur du scoutisme en France, et vice versa". Quel gachis !


 

RETOUR SUR LA SEPULTURE de BENOIT

 

     Nous avons photographié la nouvelle plaque. En dessous du nom, on lit "lieutenant au 2ème RFM" (N.D.L.R.: grade qui chez les Fusiliers Marins correspond au grade de capitaine, comme l'appelaient d'ailleurs ses fusilliers). On y lit aussi la mention "Mort pour la France le 17 décembre 1914", puis le numéro de la tombe 4088.
     Nicolas BENOIT était né le 15 octobre 1875 à ROANNE comme l'atteste son extrait de naissance. Lucienne RODRIGUEZ nous a fourni un autre document, un extrait de l'ouvrage de l'Abbé Jean Canard "Roanne pas à pas" qui nous apprend l'existence à Roanne d'un Boulevard

 

     Nicolas BENOIT, voici l'extrait :
    "Boulevard Nicolas BENOIT, relie la rue de Charlieu à la rue du Président Wilson, dans le Quartier de Matel. Nicolas BENOIT, neveu de Camille BENOIT qui a aussi son boulevard à Roanne, est né à Roanne. Officier mort "à la tête de ses fusilliers marins" dans la bataille de Dixmude (15 octobre 1875-décembre 1914). Il fut le créateur du mouvement Eclaireur en France, après contacts avec Baden-Powell."
     BENOIT fut donc le premier Chef scout français. Ceci contredit ce que répandent trop souvent mais certainement en toute bonne foi de nombreux chefs scouts de nos associations catholiques. En effet, ce n'est que dix ans après la création des Eclaireurs de France, des Eclaireurs Unionistes, et des Eclaireurs Français, que naîtra en France l'adaptation catholique du scoutisme de Baden-Powell grâce à un autre grand précurseur, le Père Jacques Sevin, qui n'a donc pas "créé le scoutisme en France", mais seulement le scoutisme catholique.
En conclusion, il serait bon de répandre cette information, que LORETTE et ses dizaines de milliers de tombes, et près de là le Mémorial canadien de VIMY constituent des lieux de pèlerinage et de recueillement fort fréquentés, et que de nombreux anciens scouts, ainsi que des unités scoutes françaises de toutes associations, aillent rendre à Nicolas BENOIT l'hommage spirituel qui lui est dû. 


 

COMMENT SE RENDRE A LORETTE :

 

    Sur la nationale d'ARRAS vers BETHUNE, il faut traverser SOUCHEZ et l'on trouve immédiatement à gauche la montée vers LORETTE. En haut de l'immense colline, la route traverse une large zone entre l'Etat civil à gauche, et l'entrée principale à droite menant à la Basilique. On peut garer sur le parking, et continuer à pied sur la même route pendant environ 300 mètres avant qu'elle n'amorce un vaste virage vers la droite, bien avant les tombes des soldats musulmans. Les numéros des carrés n'existant que sur les plans, on ne pourra se servir que de l'ordre des numéros des tombes, qui se suivent. Celle de BENOIT n'est qu'à une dizaine de mètres du bord de la zone des tombes, et elle ne se distingue évidemment pas des autres. C'est la tombe 4088 du carré 21.


 

Chouette
(reproduction autorisée avec mention des sources) 



 

Petit complément, extrait de "EPHEMERIDES E.D.F." (1943)

 

Avril 1911 : au cours d'un entretien avec Georges BERTIER, sur la route de Granville, Nicolas BENOIT choisit le terme "ECLAIREUR", l'"ARC TENDU" comme symbole, et la devise "TOUT DROIT".

26 octobre 1914 : Nicolas BENOIT part comme volontaire pour les fusilliers marins.

1er novembre 1914 : Nicolas BENOIT, qui vient de se porter volontaire pour les fusilliers marins, fait ses adieux aux E.D.F. et part pour les Flandres.

17 décembre 1914 : Nicolas BENOIT est tué sur l'Yser à la tête de ses fusilliers marins. Avant de perdre connaissance, il crie encore "En avant".