COCKENPOT Francine

MA ROUTE D'AMITIÉ avec Francine COCKENPOT 

 

     En ouvrant à nouveau le petit recueil "JACK DE MINUIT" des Scouts de France, j'ai constaté qu'il y a quarante ans on avait déjà oublié le nom de l'auteur de "La dame au palais du vent", chanson présentée comme "anonyme" ! Outre que cela montre la légèreté des recherches entreprises à l'époque, cela prouve aussi que l'on peut entrer dans le folklore de son vivant. L'auteur en était "l'inoubliable" Francine Cockenpot qui nous a quittés le 18 septembre 2001, âgée de 82 ans, dans sa ville natale de Lille.

 

 

A force de fredonner tous ses refrains, j'avais imaginé une demoiselle frêle et romantique ... Vers 1970, j'ai rencontré une forte femme, célibataire, fumant, buvant, chantant comme un garçon. Francine ne ressemblait pas à ses premières chansons, du moins en apparence. J'étais chez elle pour préparer un disque de Raymond Fau; une amitié durable est née ce jour là. Le contact n'a jamais été rompu, notamment lorsque j'ai enregistré ses chants les plus fameux dans ma collection Héritage/Mémoire.

En 1933, à quinze ans, elle entre chez les Guides de France où elle se fait rapidement remarquer pour ses talents artistiques et ses qualités d'animatrice. Son totem est "Corbeau unique", à cause de ses cheveux noirs. Sa première chanson est "La route est longue" en 1938. Dans les 15 ans qui suivirent, elle créera plus de cinq cents titres !

A Lille, elle ne pouvait manquer de rencontrer le Père Sevin dont elle garde un souvenir mitigé : celui d'un noble mystique aimant servir et être servi. Elle devint rapidement responsable nationale du chant chez les Guides de France.

Après la guerre, où elle fut infirmière, elle est envoyée en Afrique du Nord. Sa mission, officialisée par l'O.N.U., est de développer la libération de la femme en terre musulmane. On voit que son travail n'est pas achevé dans ce domaine ...

Revenue en France, elle vit tranquillement en Provence et anime des activités socio-culturelles dans les quartiers défavorisés. Un soir, sa vie bascule dans l'horreur : un cambrioleur l'agresse sauvagement. Elle perd un oeil et reste définitivement dans un état dépressif. Ce "temps fort" de son existence, elle le décrit dans un livre et l'enregistre dans une cassette.

La vieillesse approchant, elle choisit de revenir dans la ville de sa jeunesse.

Je ne me lasse pas de réciter ce florilège de titres que je chante depuis mon enfance : "Au bord de la rivière", "Gouttelettes de pluie", "Je lance mon appel", "J'ai lié ma botte", "Brumes", "Dans le vent de France", "Ohé, les matelots !"....

 

Les chansons de Francine Cockenpot sont rapidement sorties des feux de camps des Guides pour envahir ceux des Scouts et des colonies de vacances. Même dans les écoles laïques, on les apprend avec joie, et on les retient. Ses mélodies sont riches et variées, ses harmonies souvent surprenantes, avec des altérations inattendues. On peut à juste titre s'étonner que son oeuvre la plus connue (Colchiques dans les prés) ait été écrite par une autre (J. Claude), Francine se contentant d'en inventer la musique si attachante ... Interrogée à ce sujet, elle m'avait répondu qu'à cette époque tous ses chants étaient plus ou moins des créations collectives, souvent imaginées pendant des longs voyages en train. Il faut pour être juste attribuer à Francine 95 % de la "maternité" de ses autres chants. (sans parler des poèmes de Robert Morel qu'elle mettra en musique par la suite, ni de quelques oeuvres avec des mélodies du folklore).

Dès les années soixante, le ton des chansons devient plus combatif. Francine rêve d'un monde plus juste et sans guerre. Elle écrit une série intitulée "Contest". Sa foi en Dieu est moins démonstrative, mais sa foi en l'homme s'accroît. Elle considère son agresseur comme son frère et lui tend la main.

En 1992, elle publie un gros recueil avec ses chansons les plus connues. Elle fait le bilan de toute sa vie :

"Nous les Guides nous chantions à tous vents, sur le bord des routes, des rivières, au fond des caves pendant la guerre. Il nous manquait peut être un peu de technique, mais jamais d'enthousiasme ni d'amour". (F.C.)

Merci Francine pour cette "Route d'amitié" partagée. Tu es dans nos mémoires chaleureusement et pour toujours.

Jean WEBER 11/11/01

 

 

Francine COCKENPOT
de retour à LILLE 

 

Recueils de chants et livres

Aux Editions du Seuil :

  • Joies (1943)
  • Vents du Nord (45)
  • Prières pour le pain (46)
  • Fleurs d'or (46)
  • La vie enchantée (47)
  • Les mains jointes (47)
  • Ciels de France (47)
  • Berceuses (48)
  • Accord (48)
  • Moissons (49)
  • Mariales (49)
  • Fleurs de mousse (50)
  • Soleils (50)
  • Lunaires (50)
  • A petits pas (51)
  • A la volette (51)
  • Batifolage (51)
  • La route aux oiseaux (52)
  • Chansons à roulettes (52)
  • Gloire au Seigneur n°2 (52)
  • Vent dans les voiles (53)
  • L'arbre de Noël des chansons (55)
  • Soleils de liberté (56)
  • Chansons d'une vie (92)

 

Chorals sur Vents du Nord (?)

  • Psaumes de la soif (51)
  • Lettre à personne (74)
  • L'agresseur (86)
  • Le soir venu (89)

 

Editions Desclée de Brouwer

  • Les rimes enfantines
  • Orange et citron
  • L'apprenti-rêveur

 

Editions Mame

  • L'alphabet chantant

 

Presses d'Ile de France

  • La fête (72)

 

 

Sélection de disques, cassettes, CD
(Studio SM sauf mention contraire)

  • 17 cm.
    • 08 (1) Les Frères Jeff
    • 49 et 50 Pirouette chante Francine Cockenpot
    • 112 Soleils de liberté
    • 269 Mariales
    • 437 La fête
    • 438, 439, 468 Contest
    • 698 Allez, on chante ?
  • 25 cm.
    • 35 (1) La Psalette chante Francine Cockenpot (César Geoffray)
    • 141 Francine Cockenpot chante Francine Cockenpot
    • 25, 301 (1) A la Noël (Noël noir) (Harmonia Mundi)
  • 30 cm.
    • 383 et 440 Raymond Fau chante Francine Cockenpot
    • ? Contes en Poraine
    • C 50-85 : Le cri des mouettes Sonauvis
    • 846156 (1) Chansons de feu de camp par l'Alauda belge (Fontana)

 

Cassettes

  • SM K 224 30 ans d'amitié avec Francine Cockenpot
  • HER 11 (1) et 12 (1) Héritage (Elor)

 

Compact

  • 60301 à 60304 (1) Collection Mémoire P.I.F.

 

Nota : La mention (1) : ne contient pas que des oeuvres de Francine Cockenpot