Mangouste, notre ami Henri FAVRE n'est plus.
SCOUTISME ET COLLECTIONS perd en lui un fidèle lecteur. Au niveau de
notre Association, un trio de spécialistes des Éclaireurs de France
constitué de Henri FAVRE, de Yann COTEL, et moi-même, était parvenu
à établir un "Répertoire de l'écrit chez les E.D.F." depuis l'origine
(toutes
éditions y compris revues). Le résultat en fut un travail complet à
prés de
95 pour cent, et un de nos meilleurs répertoires. Au cours de cette
coopération, Henri se montra un partenaire actif, précis et rigoureux, et
en rassemblant nos trois richesses, nous sommes heureux de nous être
fraternellement complétés et d'avoir réussi à produire un véritable
précis d'historiens.
Merci à Denise FAVRE, Gazelle, son épouse, qui a bien voulu rédiger
la courte biographie ci dessous, qui est en même temps une page
d'histoire du scoutisme. Pour nous, Mangouste fut une remarquable
personnalité d'homme et d'Éclaireur.
Gazelle, nous te présentons nos très fraternelles condoléances.
Lucien
Mangouste était un gamin qui avait toujours quelque chose à faire. Il
était un peu « fatiguant » ! Quand il arriva vers ses 11 ans, ses
parents lui cherchèrent une occupation très prenante, et l'idée leur
vint d'essayer le scoutisme. Il n'a donc pas tout à fait 11 ans quand
on l'inscrit aux Éclaireurs de France, mouvement à l'époque uniquement
masculin à part quelques cheftaines de louveteaux.
Il prononce sa promesse, puis est totémisé vers 13/14 ans et devient
routier à 16 ans. Durant cette période il quitte Toulouse pour Alger
avec sa famille, puis passe l'année 1938-1939 au Havre. Et il fait
"Cappy" (la feuille !) (1) avec une dispense de quelques mois (j'ai
toujours ses cahiers). Il fait la connaissance de Vieux Castor (André
Lefèvre) et l'admire depuis qu'il a vu ce « grand laïque » aller à la
messe à 6 heures du matin durant le stage, chaque matin, sans que
personne ne le sache.
C'est cette année, au cours d'un camp d'été à Saint-Jorioz (2), qu'il
va rencontrer Gazelle, adjointe d'une meute de louveteaux de Lille (où
elle habite) qui campe sur un terrain voisin. Ils vont correspondre à
leur retour du camp.
La guerre arrive et en quelques mois tout est bouleversé. A Toulouse,
pour Mangouste, plus de faculté de pharmacie, mais le chantier de
jeunesse. Puis il va à Vichy, avec Pierre François pour patron, et
travaille à l'échelon national des EDF (en zone occupée) comme adjoint
de Castoret (René Duphil), personnage inédit et sympathique. Celui-ci
a beaucoup marqué Mangouste, qui en parlera encore les derniers jours
de sa vie. Il rencontre Pierre Dejean qui restera à Paris pour
s'occuper des EDF (dissous par les Allemands) de la « zone interdite »
(le nord de la France) lorsqu'il vient rendre compte des situations à
Vichy.
Parallèlement je fonctionne à Lille, sans tenue, libre, et accueille
en 1942 l'adhésion de « louvetottes » dans la meute que j'anime
maintenant. Pierre Dejean, que je rencontre pour la première et
dernière fois, n'est pas du tout d'accord avec l'introduction de
filles dans ma meute. Je me fais véritablement «engueuler» mais je ne
cède pas. Ce qui vaudra à Mangouste de s'entendre dire : Ta fiancée
est une petite mule ! La première unité mixte du mouvement vient
d'être créée, suivie de bien d'autres plusieurs années plus tard.
Nous faisons tout notre possible, Mangouste et moi, pour que notre
idéal vive par l'exemple. Mais on entend de plus en plus de critiques
du mouvement de tutelle (les EEDF) à notre égard.
Pour cette raison, les responsables des groupes intéressés se
réunissent aux Tierceaux un jour du printemps 1989 : la première
réunion de fondation d'un nouveau mouvement (la FEE) a lieu dans la
bonne humeur. La première AG de la FEE, Fédération des Éclaireuses et
Éclaireurs (4), se tient à Montreuil les 29 et 30 septembre 1990.
Mangouste donnera beaucoup de son temps pour cette création. Il
participera activement à son élaboration, à la genèse de son nom, au
dessin de ses insignes, ses techniques, et surtout apportera le
support moral d'un véritable scoutisme vécu. Il voulait ce support
pour les jeunes, mais il n'a jamais pris une carte d'adhésion dans ce
mouvement : je fus le lien entre la FEE et lui.
Il était doux, sensible, patient et minutieux.
Gazelle
Notes :