Souvenir de Henri FAVRE
8 juin 1921 - 12 mars 2003


Mangouste, notre ami Henri FAVRE n'est plus.

SCOUTISME ET COLLECTIONS perd en lui un fidèle lecteur. Au niveau de notre Association, un trio de spécialistes des Éclaireurs de France constitué de Henri FAVRE, de Yann COTEL, et moi-même, était parvenu à établir un "Répertoire de l'écrit chez les E.D.F." depuis l'origine (toutes éditions y compris revues). Le résultat en fut un travail complet à prés de 95 pour cent, et un de nos meilleurs répertoires. Au cours de cette coopération, Henri se montra un partenaire actif, précis et rigoureux, et en rassemblant nos trois richesses, nous sommes heureux de nous être fraternellement complétés et d'avoir réussi à produire un véritable précis d'historiens.

Merci à Denise FAVRE, Gazelle, son épouse, qui a bien voulu rédiger la courte biographie ci dessous, qui est en même temps une page d'histoire du scoutisme. Pour nous, Mangouste fut une remarquable personnalité d'homme et d'Éclaireur.

Gazelle, nous te présentons nos très fraternelles condoléances.

Lucien

Mangouste était un gamin qui avait toujours quelque chose à faire. Il était un peu « fatiguant » ! Quand il arriva vers ses 11 ans, ses parents lui cherchèrent une occupation très prenante, et l'idée leur vint d'essayer le scoutisme. Il n'a donc pas tout à fait 11 ans quand on l'inscrit aux Éclaireurs de France, mouvement à l'époque uniquement masculin à part quelques cheftaines de louveteaux.

Il prononce sa promesse, puis est totémisé vers 13/14 ans et devient routier à 16 ans. Durant cette période il quitte Toulouse pour Alger avec sa famille, puis passe l'année 1938-1939 au Havre. Et il fait "Cappy" (la feuille !) (1) avec une dispense de quelques mois (j'ai toujours ses cahiers). Il fait la connaissance de Vieux Castor (André Lefèvre) et l'admire depuis qu'il a vu ce « grand laïque » aller à la messe à 6 heures du matin durant le stage, chaque matin, sans que personne ne le sache.

C'est cette année, au cours d'un camp d'été à Saint-Jorioz (2), qu'il va rencontrer Gazelle, adjointe d'une meute de louveteaux de Lille (où elle habite) qui campe sur un terrain voisin. Ils vont correspondre à leur retour du camp.

La guerre arrive et en quelques mois tout est bouleversé. A Toulouse, pour Mangouste, plus de faculté de pharmacie, mais le chantier de jeunesse. Puis il va à Vichy, avec Pierre François pour patron, et travaille à l'échelon national des EDF (en zone occupée) comme adjoint de Castoret (René Duphil), personnage inédit et sympathique. Celui-ci a beaucoup marqué Mangouste, qui en parlera encore les derniers jours de sa vie. Il rencontre Pierre Dejean qui restera à Paris pour s'occuper des EDF (dissous par les Allemands) de la « zone interdite » (le nord de la France) lorsqu'il vient rendre compte des situations à Vichy.

Parallèlement je fonctionne à Lille, sans tenue, libre, et accueille en 1942 l'adhésion de « louvetottes » dans la meute que j'anime maintenant. Pierre Dejean, que je rencontre pour la première et dernière fois, n'est pas du tout d'accord avec l'introduction de filles dans ma meute. Je me fais véritablement «engueuler» mais je ne cède pas. Ce qui vaudra à Mangouste de s'entendre dire : Ta fiancée est une petite mule ! La première unité mixte du mouvement vient d'être créée, suivie de bien d'autres plusieurs années plus tard.


Nous faisons tout notre possible, Mangouste et moi, pour que notre idéal vive par l'exemple. Mais on entend de plus en plus de critiques du mouvement de tutelle (les EEDF) à notre égard.

Pour cette raison, les responsables des groupes intéressés se réunissent aux Tierceaux un jour du printemps 1989 : la première réunion de fondation d'un nouveau mouvement (la FEE) a lieu dans la bonne humeur. La première AG de la FEE, Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs (4), se tient à Montreuil les 29 et 30 septembre 1990.

Mangouste donnera beaucoup de son temps pour cette création. Il participera activement à son élaboration, à la genèse de son nom, au dessin de ses insignes, ses techniques, et surtout apportera le support moral d'un véritable scoutisme vécu. Il voulait ce support pour les jeunes, mais il n'a jamais pris une carte d'adhésion dans ce mouvement : je fus le lien entre la FEE et lui.

Il était doux, sensible, patient et minutieux.

Gazelle

Notes :

  1. Le château de Cappy était le camp école des Éclaireurs de France, où se déroulaient les formations de chefs (voir La Feuille n° 12, page 4 sur le site fédéral). Le célèbre tulipier reste le symbole de ce lieu mémorable, dont Mangouste a associé la feuille caractéristique au logo de La Feuille qu'il a dessinée (il était graphiste).

  2. Le camp de Saint-Jorioz, au bord du lac d'Annecy, était l'un des fleurons des Éclaireurs de France. Laissé peu à peu à l'abandon après le décès de son fondateur (René Tulpin), il a du être fermé à la suite d'une inspection Jeunesse et Sports. Les terrains ont été revendus, tout comme le château de Cappy.

  3. Le château de Jambville est le centre de formation national des Scouts de France.

  4. La F.E.E. est une association de scoutisme agréée par la Jeunesse et les Sports. Elle forme la Conférence Française du Scoutisme, avec les Éclaireurs Neutres de France et les Scouts d'Europe.