LE    "POURQUOI PAS"
    L’ INCROYABLE  BATEAU  DES  LORRAINS
 
                                                                                                                                                           par   Daniel  PETIT



Rappelons  d'abord  que le trois mats  le  "Pourquoi pas"  fit naufrage  dans la nuit du  15 au 16 septembre 1936, désemparé par des vents soufflant à 150  km/H sur l'Islande,  jeté sur des récifs.  30  marins et  8  chercheurs périrent, dont le célèbre explorateur le Docteur-Commandant  Jean Charcot,  Président  des Eclaireurs de France.  Un seul en  réchappa, le maître timonier  Eugéne le Gonidec...


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 C'était en 1936.  Passons  à l'époque du Jamboree  de 1947

30 000 garçons, dont moitié d’étrangers, venus des quatre coins de la planète, s’étaient rencontrés pour vivre ensemble la passionnante aventure d’un jamboree,  terme d’Afrique du sud signifiant : rassemblement général des tribus.
 
Issus de 43 nations, ils représentaient toutes les races, toutes les religions, et parlaient des langues différentes.  Ils ne se connaissaient pas,  et pourtant ils  se « reconnaissaient » comme  fréres  partageant un même idéal,  croyant aux mêmes valeurs, acceptant librement un même engagement, une même  règle de vie :  la  loi  scoute.
 
Au lendemain de la  deuxième guerre mondiale, ils montraient au monde entier que l’amitié pouvait être plus forte que la haine, et que la paix était possible entre hommes de bonne volonté.
 
Ce jamboree était le sixième depuis que le fondateur du mouvement « Lord Robert Baden-Powell » en avait eu l’idée. Il avait été précédé par ceux d’Olympia (Londres) en 1920,  de Copenhague en 1924, de  Birkenhead en  1929,  de  Gödöllö (Hongrie)  en 1933, et de Vogelensang (Pays Bas)  en  1937.
 
Prévu pour 1941,  la guerre l’avait retardé.  Pour la première fois, la France avait été choisie pour l’organiser.
 
Le site retenu était situé dans une boucle de la Seine  à  MOISSON, à 70 km de PARIS. La  réussite fut une éclatante démonstration de l’imagination créatrice, de l’esprit d’initiative, du sens de l’accueil dont les français pouvaient faire preuve.  Le travail d’équipe,  le partage des  responsabilités, la confiance mutuelle, la bonne humeur  furent les règles de cette gigantesque entreprise menée à bien par toutes les associations scoutes françaises de l’époque, réunies fraternellement.
 
Pas un seul participant n’a oublié ce qui bien souvent a été  le plus enthousiasmant souvenir de son adolescence.
 
Vouloir en quelques pages faire le récit de ce « jam » mémorable serait une gageure !  Nous nous contenterons d’en esquisser l’ampleur par  quelques chiffres :
 

-      sur  600  hectares étaient implantés  15  sous-camps, portant les noms de provinces françaises, forts chacun de  2 000 garçons. Une innovation : pour la première fois,  les étrangers n’étaient pas regroupés  par nations,  mais répartis par troupes entiéres et de  pays entiers, dans chaque sous camp  français,  montrant bien qu’à l’idée de rencontre et à l’esprit de compétition  on avait voulu substituer la fraternisation. 

-      Aux 15  sous-camps s’ajoutaient  ceux des scouts marins dans l’Île de  Haute Isle,  de l’extension  (jeunes handicapés), des services  et des scouts et visiteurs de passage, qui se succédaient toutes les 48 heures  (camp des Passereaux).  Au total, c’est plus de 250 000 personnes qui passérent à  MOISSON. 

-      Une telle entreprise est grande consommatrice d’hommes pour son organisation, son encadrement, son animation.  360 chefs formaient l’étât-major : intendance, santé, police,  information, spectacles, activités, accueil …  810 encadraient les troupes (36 garçons par unité), 160 pour les camps annexes et 145 pour les services centraux.  4000 routiers assuraient les services d’interprètes, chauffeurs, policiers, pompiers, surveillants de baignade, meneurs de jeux, guides …   mais également  boulangers, cuisiniers….  800 jeunes filles également assumaient les fonctions de secrétaires,  hôtesses, lingéres,  infrmières …

 

-      Ce qu’il avait fallu réaliser ? 

-      Une gare avec 17 quais pour les convois venus de toute la France et de l’étranger, mais ausssi pour les navettes partant de la Gare Saint Lazare 

-      Une autre pour 200 autobus et un parking de 4000 places

-      Un petit chemin de fer (un Decauville récupéré de  la Ligne Maginot) parcourait à  10 km/h un anneau de 9  Km  autour du camp.  Il fallait le prendre en marche et sans le

-      moindre contrôle, mettre le prix du billet dans un tronc …

-      Un journal  (Jamboree-France)  était diffusé chaque jour à 60 000 exemplaires.

-      Une arène  de 10 000 places assises et  6  théâtres régionaux présentaient des spectacles souvent de grande qualité (Cie Grenier Houssenot,  Frères Jacques, Compagnons de la Musique, Compagnons de la Chanson …) tous issus  plus ou moins du scoutisme !

-      25 km de routes, un hopital de 200 lits, 90 rangées de lavabos, douches, wc, etc …  C’est toute une ville qui avait été construite pour 10 jours et que dire de l’intendance  qui avait à combler  autant d’appétits féroces et différents !  Les boulangeries du camp devaient fabriquer chaque jour 130 tonnes de pain.  Les anglais,  précautionneux, s’étaient embarqués avec 24 tonnes de biscuits, 10 de  thé,  130 de pommes de terre …

-      La préparation psychologique  et  morale  des futurs participants avait été particuliérement poussée  pour générer un large esprit d’ouverture et de compréhension  à l’égard des invités : perfectionnement en langues étrangères, correspondances avec les troupes à recevoir, connaissance d’une France à leur faire aimer,  avec son passé  historique, son patrimoine historique et littéraire, ses châteaux et monuments. …

-      La France entière s’était sentie concernée et solidaire de cette prestigieuse entreprise :  l’Armée avec son matériel lourd, la Marine pour acheminer les délégations venues d’Outre Mer, l(Education Nationale, les Arts et Lettres, la SNCF, et les PetT ….  Tous apportérent un généreux concours :  pour ses fils, l’administration avait pris figure humaine et s’était dotée d’un cœur.

-      Les plus hauts représentants de l’Etat tinrent à manifester leur intêret et souvent  leur amitié  en se rendant à Moisson : le  Président de la République,  Vincent Auriol ; de nombreux ministres comme Paul Ramadier, Georges Bidault, Robert Schuman, le Maréchal de Lattre de Tassigny, le Général Köenig, les Amiraux d’Argenlieu et Ortoli  …  furent particuliérement acclamés.  50  visites officielles avaient été prévues …  Il y en eut plus de 150.  …

 
       LE  SOUS-CAMP  « LORRAINE »

 
           Son chef était Etienne  PEYRE et le contingent lorrain était dirigé par François BALLAND.  La délégation française comprenait  8  troupes SDF, 3  troupes  EDF,  1  troupe  EUF, ainsi que de 4 troupes d’Île de France   et  1  troupe d’Ocèanie.  S’y ajoutait la délégation étrangère forte de 23 troupes anglaises ou de l’Empire britannique, 7  suisses,  7  norvégiennes, 2  mexicaines.
 
          Robert Schuman, ministre des finances,  Louis Jacquinot, Ministre de la Marine, la Maréchale Lyautey  qui avait offert pour abriter le Q.G. la tente « Caïdale » utilisée au Maroc par le Maréchal  …  reçurent un accueil chaleureux  tout comme l’Abbé Pierre.
 
          Un visiteur cependant fut particuliérement entouré : l’explorateur polaire Paul-Emile  VICTOR, ami du Commandant Charcot  disparu avec son batiment dans les mers  boréales.





    Cette présence avait une raison toute particulière : à l’initiative d’un jeune chef d’exception Jean-Paul  BANCON de  BACCARAT, la Lorraine avait construit le célébre bateau du Docteur Charcot, qui fut  Président des Eclaireurs de France,  et en avait fait non seulement le clou du jam  qu’aucun visiteur n’a pu  oublier, mais un extraordinaire  outil pédagogique à l’usage des scouts.
 
          Quelques lignes extraites du plaidoyer de Jean-Paul pour son projet  montrent toutes les qualités de meneur de garçons puis de meneur d’hommes que le scoutisme peut développer.
 
          « … J’embarque à bord une bordée de 20 à 30 garçons   et avec l’aide des interprètes, chaque membre de l’équipage, dans sa spécialité, fait passer de tests de capacité :  matelotage, souplesse et résitance physique, orientation, équilibre, signalisation …
           Les garçons qui auront satisfait aux épreuves seront divisés en trois catégories de forces différentes.  Sous la conduite des quartiers-maîtres, ils grimperont dans la mature, aux étages respectifs, misaine, grand hunier, perroquets, pour exécuter une manœuvre des voiles, prendre le vent, larguer les voiles ou prendre des ris.  Des brevets de service seront décernés :  Gabier de perroquet aux meillleurs, gabier   de  hune ou de misaine aux moins courageux … 
          Sans doute trouverons nous des garçons épatants : nous les assimilerons à notre cadre d’instructeurs (Test-Man)  et ils serviront d’interprétes-instructeurs spontanés.  Des ateliers techniques  graviretont autour du bateau … etc
          Que fut le  « Pourquoi pas » de Moisson ;  comment fut il pensé  puis réalisé ?  C’est en  parcourant le carnet de bord d’un jeune membre de l’équipage qu’on le découvre.
 
 
LE  « POURQUOI-PAS ? »
 
(d’après le carnet de bord d’un jeune membre de l’équipage du  « Pourquoi-Pas ? ») 
 
Quand le « Pourquoi pas »  débarqua au « Jam » le 01er août après 17 heures de voyage, pas plus les VP que l’équipage et son commandant  personne ne croyait vraiment possible cette réalisation. 
  
Quand les 12 tonnes de matériel furent extraites de l’immense camion  qui venait de BACCARAT, petite ville de Lorraine, jusqu’à  MOISSON  et que l’on apprit … ô   stupeur, que c’était un bateau, bien des bouches s’ouvrirent pour demander pourquoi la Lorraine avait poussé l’ironie  (nous campions entre la Bretagne et le Camp Marin)  jusqu’à prétendre construire un bateau !
 
Inutile de dire que  d’un commun accord l’équipage répondait  « Pourquoi-pas ? »
 
C’est exactement ce que pensa son commandant lorsque, n’étant que scout terrien,  cette idée saugrenue effleura sa cervelle. Comme les fous qui tiennent à leurs idées, ce commandant s’accrocha à la sienne mais ne trouva auprés de ses chefs qu’un appui fort discret :  « laissons le faire …  après tout, on verra bien !
 
Obstiné,  convaincu que son affaire était possible, le commandant chercha de l’argent, on lui en promit ;  il fit comme s’il en avait et commanda dans tous les coins de France le matériel nécessaire à la réalisation de  son bateau.
 
Assuré d’avoir le matériel, il recruta son équipage.  On lui permit d’engager huit garçons ; c’était beaucoup trop peu !
 
Il n’eut pas de peine à trouver ses huit gars :  anciens  C.P. et jeunes routiers d’un groupe de Nancy.
 
Ils firent preuve d’une entière confiance et, à défaut de compétences maritimes, vinrent au « Pourquoi pas ? » sans mollir.
 
 

18   JUILLET.

 
En principe, l’équipage devait débarquer à BACCARAT, au grand complet, par le train …  10 à 12  garçons  débarquèrent en effet.
 
Le commandant réjoui fit l’appel :  deux seulement faisaient partie de l’équipage ;  les autres, récoltés sur les trottoirs de Nancy pour pallier la défection (momentanée) des autres membres de l’équipage, ne savaient même pas ce qu’ils venaient faire !
 
Le sergent-recruteur du commandant avait promis un équipage du tonnerre ….  Il avait demandé à tous les scouts rencontrés en un après-midi s’ils voulaient « servir » pendant huit jours.  Et c’est ainsi que ces fameux malabars  débarquérent à  Baccarat, sac au dos …  ils avaient parfois  13-14 ans …  quelle histoire !
 
Construire quelque chose de grand, de lourd, avec des gosses ?   Hum   !
 
Sans se démonter  - du moins extérieurement -   le commandant conduisit  dare dare ses troupes  au 
« chantier naval ».
 
Un observateur un peu averti  aurait pu les voir pâlir et baisser la tête  lorsqu’ils y parvinrent  et  aperçurent une vingtaine de sapins pelés, longs de 8 à 14 mètres et de 25 cm  de diamétre, qui les attendaient sournoisement, les fibres encore humides de la sève du printemps. Je vous laisse le soin de deviner ce qu’ils en  pensérent  …   ce n’était certainement pas à la gloire de l’armateur  … amateur !
 
On avait transformé le local en hôtel : au premier, 14 lits et pailliasses ; au rez de chaussée, balayé pour l’occasion, 6  lits et une immense table.  Pour les sièges, on s’asseyait où on pouvait.
 
Bas les sacs  et au  travail !
 
 
Le commandant prenant en mains sa patrouille de volontaires, leur tint à peu prés  ce langage :  « Nous  monterons au Jam un bateau. Ce bateau sera le « Pourquoi pas ».
40 m de long,  21 m. de haut,  nous ferons tout par nos propres moyens.  Nous partirons le 1er au soir en camion  et serons prêts pour le 9  à minuit.  L’entreprise est folle ;  nous seront assez fous pour réussir.  Allons voir les plans.
 
En file indienne, tous se faufilent dans le « bureau d’études ».  En cercle autour de la table, le  Commandant détaille les plans : « Voici la silhouette …  3  mats verticaux, un beaupré  18 m,  21 m, 20 m ;  400 m2 de voiles ;  … … et la description continue.
 
Une douzaine de plans  défile sous les yeux de l’équipage muet. Maintenant, vous voyez ces plans, dit le commandant. Ils sont tous annulés :  j’ai apporté hier soir avec  Jean de profondes modifications de structure. Dans la nuit, j’ai refait le plan du mât de misaine ;  nous commencerons avec celui là, nous ferons les autres plus tard.  Encore un détail à régler :  mes scouts feront la tambouille matin et soir ; les deux cuisiniers de service mangeront avec nous à  12  et  19 H.  Nous sommes 14,  il faut que 3 ou 4 d’entre vous travaillent en dehors du chantier naval pour gagner l’argent nécessaire  pour nourrir tout l’équipage.
 
Dés le lendemain, alors que difficilement trainés par l’équipage  les mâts alignant leur 24 mètres de long,  trois petits scouts et un chef de troupe scient, coupent, fendent, ficellent à la presse des centaines de petits fagots qui seront ensuite vendus à Nancy : travail long et fastidieux, énervant mais lucratif : 10 000 F sont ainsi gagnés et couvrent les frais de cantine.
 
Cependant,  tous ont appris à faire les épissures. Tiens toi bien : les plus adroits te font une épissure à bout diminué en 6 à 8 m., ils sont tous maintenant des gars de la Marine à voile !
Dans sa patrouille, le chef de troupe a donné à chacun un travail bien déterminé :
Doudou et Domi manient des herminettes (sorte de hache en forme de houe),
L’Amiral et Tolio préparent la boulonnerie, Robert  et  André  confectionnent les 14 échelles de corde triples et quadruples, et tous les deux jours, un mat s’élève dans le ciel.  Des douzaaines de fanions de sémaphore s’empilent,  confectionnées par la maman du commandant et une cheftaine de Nancy  mobilisée comme tant d’autres.  Chaque soir, autour de la table largement appprovisionnée et nettoyée par l’équipage :  conseil de guerre …
 
Le travail avance. Le chant du Pourquoi pas est au point ;  on commence à l’apprendre. L’amplificateur de bord est prêt  ainsi que les trois haut parleurs.  Les voiles sont finies. Demain, il faudra renforcer chaque couture de trois brins de cordonnet.  Encore 100 épissures à terminer, les doigts saignent …   un peu de machinplast et  … zou !   Les sous-voiles de Beaupré  sont fretées.
 
Trois manches de masses ont encore cassés …   Zut !  Les bois prévus pour les vergues sont trop lourds ; on les change … n’avons nous rien oublié ?
 
Le soir à la veillée, les « officiers » discutent autour des plans ;  on distribue le travail car le commandant n’est que peu disponible dans la journée.
 
L’équipage, pendant ce temps, peint des soldats de plomb pour  procurer de l’argent de poche   aux Eclaireurs qui leur font une si bonne cuisine.
 
  

28 JUILLET,   le voyage

 
   Dernier conseil, quartier libre jusqu’au  30  au soir ?  « Rentrez chez vous.  Retour le 30 au soir  au plus tard à  20  heures.  Nous démarrons à 20 heures exactement. »
 
A 20 heures, chacun est installé au mieux pour les  17 heures de trajet en plein vent, sans escale, debout sur le camion, fanions du jam et de Lorraine flottant au bout de hampes improvisées.
 
Salué par un petit groupe de parents, le bateau  prend la route.  L’équipage  -l’authentique- a rejoint ;  on fait connaissance pendant le voyage.
 
Lunéville et Nancy sont troublées par le chant du « Jam »  qui fuse du camion, nous sommes fraternellement salués de tous.
 
Arrivée à Moisson après une chaude matinée. Nous roulons  depuis 20 heures … il est  une heure …  Moisson … Le « Jam »…
 
 »Pourquoi pas ? »,  Lorraine ?  Hein …  Connais pas …  Sont fous,  tu parles, parait qu’ils sont fatigués et n’ont pas grand chose à manger …  Tant pis ! »
  
On dinera demain, déchargeons. A  6  heures, le déchargement terminé, nous trainons notre équipement à pied d’œuvre sur l’aire du futur bateau.  Que de cordes, que de caisses !  Les tentes sont montées.  Prière.  On  dort. 
 
Couleurs…
 
 
La coperche : quelle aventure !  Le commandant s’était beaucoup creusé la cervelle :  24 mètres de long ;  2,5 tonnes par mat … comment mettre tout cela debout ?  Finalement, il avait emprunté à un entrepreneur un mât métallique  de  2  tonnes,  long de  26  mètres.
 
« Attention …  Parés à virer ?  Virez … »  et doucement la  coperche se raidit,  fléchit, décolle de terre, …   plouf !  Elle retombe :  l’ancrage  a  lâché.
 
Stupeur.  10  crayons d’acier de 32 mm de diamètre se sont  pliés comme paille.  « Ajoutez une  poutre…  Frappez quatre crayons supplémentaires, pârés à souquer ? Parés !  Souquez !
Raidissez par tribord …   Sacrés haubans !
 
Entre nous, elle a bien failli se casser la gueule, cette coperche, et de plus haut que la première fois, ce qui aurait provoqué sa rupture.  Je t’assure que  Domi  et  l’Amiral  qui viraient au cabestan ne la ramenaient pas !
 
Verticale !  Plus rien à craindre  dit le commandant.  Elle est verticale, elle ne peut donc pas tomber. » Le commandant dit cela pour nous rassurer mais, comme nous, il tremble de la voir si haute, « posée par terre en un seul point ».
 
Que diantre !  quel beau coup d’œil à 26 mètres !    Mais le Jam est  désert …  Pour le peupler un peu,  montons notre bateau ;
 
3 août : le premier mat est debout, rien à signaler.
5 août : le grand mat est plus long, plus lourd, plus loin de la coperche.  Les ancrages sont               
          prêts à céder. On les frappe à mort.  Il monte tout de même.
7 août :  au tour de l’artimon. Il allonge ses 19 mètres  à  15  métres du pied  de la coperche. Quelle folie de vouloir le mettre debout. …
 
Un violent orage arrache les cornes de l’aréne.  Il faut croire que notre bateau est un peu plus solide :  nous couchons à côté et nous ne sommes pas morts ! Après tout,  pourquoi qu’il tiendrait pas, le  « POURQUOI PAS ».
 
9  AOÛT, À MINUIT. NOUS SOMMES PRÊTS COMME PRÉVU.  Dans la nuit, nous inaugurons le POURQUOI PAS,   à la lueur de nos projecteurs, en uniforme : culotte bleue, foulard de Lorraine sur la tête.
 
Les marins du « Pourquoi pas »  remercient Dieu de leur avoir permis de faire gonfler les voiles de leur bateau au « Jam »  sans avoir à déplorer d’accident  si ce n’est celui de Michel.  Michel s’était sabordé en douceur avec dans les bras,  un morceau de coperche de 4 m. de long, lourd de plusieurs centaines de Kilos.  Un grand cri,  un « plouf »  mat, un visage révulsé et sans vie.
 
Secours, médecin, téléphone, ambulance, hopital … deux heures d’angoisse, le travail sans joie ni foi …
 
Acte de décés ?  Le premier des 12 cercueils du « Pourquoi pas » rempli ?   Non, vous n’y êtes  pas !   un marin du « Pourquoi pas »  a la peau plus dure que ça !  Trois jours après, dans les hunes du grand mät, Michel, la gorge toute collante de Machin-Plast, se refait la main  sur quelques épissures.
 
Grâce au magnifique esprit qui anima l’équipage,  cet équipage de fous qui avait eu l’audace de croire que c’était possible,  le bateau prit figure, s’anima, accueillit beaucoup de petits gabiers qui vinrent s’y entrainer ?
 
Notre plus grande joie était de le voir la nuit, brillamment éclairé de l’intérieur,  les voiles gonflées d’une brise légère  qui lui donnait l’air d’un vrai voilier naviguant audacieusement dans l’océan du jamboree.
 
 
      Au centre Mr Louis JACQUINOT, Ministre de la Marine, à droite l'amiral ORTOLI.

 
             La maquette du « Pourquoi pas »  fut inaugurée le mardi 12 août  par le Ministre de la Marine  Mr  Louis JACQUINOT  accompagné de l’amiral ORTOLI, directeur des écoles de la Marine et de nombreuses personnalités civiles et militaires.
Votre navire ne bouge pas  mais ce qui bouge  c’est votre imagination, votre bonne volonté et vos enthousiasmes… »  a t-il notamment déclaré.