BROWNSEA ISLAND
A l’occasion du Centenaire du scoutisme,
donc du premier camp scout à l’île de Brownsea, le musée scout virtuel HONNEUR
AU SCOUTISME a le plaisir de vous offrir la traduction intégrale de l’article
de E.E. REYNOLDS paru dans la revue mondiale JAMBOREE n° 8 d’août 1947.
LE PREMIER CAMP SCOUT
par E.E. REYNOLDS
I. AVANT BROWNSEA
Les idées exprimées dans Eclaireurs ne sont pas nées d’un coup dans le cerveau
de B.-P., elles sont l’aboutissement d’années de réflexions et d’observations.
On peut faire remonter à son enfance les diverses influences qui ont contribué
à son plan de formation des jeunes ; il n’est ici nécessaire que d’indiquer certaines
des étapes qui ont immédiatement précédé l’élaboration du premier projet.
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| BP à Brownsea (jeu de traction de la corde) |
On retiendra trois lignes de développement.
(I) Le petit manuel de B.-P. destiné aux soldats, Aids to Scouting, fut publié
en novembre 1899, alors que BP était déjà assiégé dans Mafeking. Il attira naturellement
l’attention hors des cercles militaires lorsque l’intérêt public se concentra
ainsi sur son auteur. A sa surprise, à son retour en Angleterre, B.-P. découvrit
que ce petit livre avait fourni des suggestions aux enseignants pour de nouvelles
manières d’exercer leur travail.
(II) La position de B.-P. en tant que héros national – en particulier aux yeux
des garçons – eut pour conséquence après Mafeking de nombreux courriers demandant
des conseils ; ils provenaient aussi bien d’individus que de clubs de jeunes.
Comment pouvait-il mieux les aider ?
(III) Ces deux lignes se rejoignirent lorsqu’il eut son premier contact avec
les Boys’ Brigades, qui avaient si bien prospéré sous la conduite de leur fondateur
Sir William Smith. Comment pouvait-il les aider ?
L’importance de cette troisième influence sur l’esprit de B.-P. ressort de ses
propres écrits. Il fait référence à un rallye des Boys’ Brigades qu’il inspecta
à Glasgow en 1904.
Il y avait entre 7000 et 8000 garçons qui défilaient. Ce fut le plus beau rassemblement
de garçons que j’avais jamais vu – tous étaient enthousiastes, vifs, propres
et bien alignés. Je dis à Sir William que je changerais volontiers de place
avec lui pour me trouver dans ses souliers et pour passer en revue ces gars
splendides comme s’ils étaient les miens. Mais d’un ton taquin je dis qu’il
devrait avoir dix fois ce nombre, et qu’il les obtiendrait s’il se contentait
de donner plus de variété et d’attraits à leur formation. Il me conseilla vivement
de réécrire mon livre de formation scoute destiné aux soldats pour les garçons.
Cette dernière suggestion porta ses fruits, mais pas de suite – ce n’était pas
le genre de B.P. ; il aimait bien peser ses idées, et en même temps étudier
ce qui avait été fait par d’autres afin de s’assurer que quelles que fussent
les propositions qu’il fit elles seraient praticables. Son premier projet fut
publié dans la Boys’ Brigade Gazette en juin 1906. On peut y retrouver les principaux
éléments de formation pratique du mouvement scout. Le problème de la méthode
devait encore être retravaillé.
Cinq mois après avoir publié ces suggestions, B.-P. rencontra pour la première
fois à Londres Ernest Thompson Seton. Une note dans l’agenda de B.-P. dit :
"30 octobre (1906) Déjeuné avec Thompson Seton qui m’a parlé de son projet de
Peaux-Rouges destiné aux garçons".
Le projet de Thompson Seton (les Woodcraft Indians) ne semble pas avoir affecté
celui de B.-P., excepté pour l’utilisation de certains jeux conçus par Seton
– une chose reconnue dans Eclaireurs. Le succès des Woodcraft Indians confirma
B.-P. dans son opinion que la vie des bois exerçait sur les garçons un attrait
irrésistible.
Au cours de cette période B.-P. soumit son projet rudimentaire à différentes
personnes dont il pensait que l’opinion était utile – une fois de plus une partie
typique de sa méthode. Puis en mai 1907 il publia deux fascicules de quatre
pages décrivant le projet des «Boy Scouts». il est intéressant de souligner
que le terme Boy Scouts était assez familier aux jeunes de cette époque. Au
début de 1900 (avant même que Mafeking n’ait été délivrée) le premier d’une
série hebdomadaire de récits pour garçons avait été publié sous le titre de
The Boy Scouts of Scarlett’s, et la «Nouvelle Bibliothèque de Buffalo Bill»
avait publié une histoire intitulée The Boy Scout dans la série «Tip Top Tales».
Les deux fascicules de mai 1907 montrent à quel point les idées de B.-P. avaient
progressé. Le second est si intéressant qu’il faudrait le rééditer ; il insiste
sur la méthode de formation par patrouilles – un pas en avant important vers
la mise au point totale du scoutisme. Le projet est encore offert « à toute
organisation existante » mais indique que si nécessaire « une spéciale peut
être facilement formée » puis vient la déclaration : «Un manuel bon marché Eclaireurs
est en préparation».
La première mention d’Eclaireurs dans l’agenda de B.-P. est datée du 19 juin
1907. Il séjournait alors à l’hôtel Izaak Walton de Dovedale pour des vacances
de pêche. L’entrée se lit comme suit :
Ai écrit "Eclaireurs" la plupart de la journée – écrit pendant 9 heures.» La
journée précédente est marquée d’une croix rouge dans l’agenda parce qu’il avait
fait une prise exceptionnelle !
Du 15 au 23 juillet, il se trouvait à la Maison du Moulin à Wimbledon ; là on
pense qu’il travailla sur "Eclaireurs", car ainsi que nous le verrons plus tard,
il termina la plus grande partie du livre à cette adresse – un endroit choisi
pour son manque de distractions.
Il n’y a pas de note concernant le point d’avancement du livre ce juillet là,
mais à cette époque B.-P. avait réalisé le besoin d’interrompre sa rédaction
afin d’essayer certaines des idées sur le terrain avec des garçons ; une fois
de plus il désirait soumettre les idées papier à l’épreuve de la pratique avant
de boucler son projet. C’est pourquoi le camp de l’île de Brownsea fut organisé.
C’est pour nous une perte que B.-P. n’ait pas tenu un compte rendu détaillé
de ce camp. Au 29 juillet dans son agenda il écrivit la remarque «Parti en camp»
(on remarquera sur la reproduction de cette page qu’il avait annulé d’autres
vacances de pêche pour ce camp). Au 9 août, on trouve la note «Le camp est terminé»
: chaque page entre ces deux dates ne comporte que le mot «camp». Il est clair
qu’il ne pensait pas qu’il commençait quelque chose d’important, autrement ses
comptes-rendus auraient été plus instructifs.
II. LE CAMP DE L'ILE DE BROWNSEA
On se souviendra que le camp sur l’île de Brownsea était
expérimental ; nous ne devons pas nous attendre à y retrouver tous les détails
qui distinguent maintenant un camp scout d’autres formes de camp. Il est toutefois
surprenant de voir comment nombre des activités et des méthodes aujourd’hui
totalement mises au point se retrouvèrent utilisées au cours de ce premier camp.
Pour B.-P. ce fut un moment d’expérimentation de son projet. L’île de Brownsea
est située dans la baie de Poole à une trentaine de kilomètres à l’ouest de
l’île de Wight, au large de la côte méridionale de l’Angleterre. L’île mesure
environ 2,5 kilomètres de long sur 1,2 kilomètre de large. Elle est plutôt boisée,
avec de grandes clairières vers le centre. Le site choisi pour le camp se trouvait
dans la partie sud-ouest de l’île – peut être pas un emplacement idéal, mais
quel détail poétique de choisir une île pour cette expérience !
Une villa vide sur le rivage sert toujours de repère pour ceux qui visitent
les lieux. Elle fut utilisée pour l’intendance, avec la cuisine tout près.
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B.-P. décida qu’il voulait une troupe hétérogène de garçons
pour voir comment ils s’entendraient ; donc il forma son groupe à partir de
fils de ses propres amis et de quelques garçons sélectionnés par les responsables
des Boys’ Brigades de Poole et de Bournemouth, pour ce faire, et pour aider
à organiser le camp il reçut une grande assistance de M. H Robson (plus tard
conseiller municipal) et de M. G.W. Green, tous deux des B.B. ; ce dernier fut
principalement responsable de réunir l’intendance et l’équipement. Ils furent
un peu surpris par les exigences de B.-P., car ce n’était pas un camp suivant
les normes auxquelles ils avaient été habitués.
Dans une longue lettre aux parents des enfants qu’il invitait, B.-P. décrivit
le plan de formation qu’il se proposait de suivre au camp – il se trouvait sous
les rubriques : Science des bois, Observation, Discipline, Santé et endurance,
Chevalerie, Secourisme, et Patriotisme. Il indiquait l’emploi du temps journalier
avec des listes de l’équipement individuel dont chaque garçon aurait besoin.
On y donnait aussi des détails sur le site et les moyens de transport. Il demandait
que chaque garçon ait avant son arrivée appris à nouer un nœud plat, un nœud
de tisserand et un nœud de cabestan dont il donnait un croquis. C’est vraiment
une lettre type qu’un Chef de Troupe pourrait envoyer aux parents avant le camp.
Le major Kenneth Maclaren, un vieil ami de régiment, était là pour aider et
M. Percy Everett (plus tard Sir Percy Everett, Chef Scout Adjoint pour la Grande-Bretagne)
assistait dans la direction du camp. Donald Baden-Powell le très jeune neveu
de B.-P. était aussi présent.
Ces garçons pleins de chance ne réalisèrent pas, bien sûr, les raisons derrière
le camp, pour eux c’était juste de bonnes vacances avec le plaisir supplémentaire
d’avoir le Héro de Mafeking à eux pendant une semaine, car telle devait être
la durée du camp, mais comme tout le monde s’y plut tellement, la durée fut
prolongée.
Des nouvelles du camp avaient filtré, et les journaux furent bientôt à l’affût
d’articles, mais B.-P. les en dissuada. À un rédacteur en chef il écrivit :
«J’écris pour vous dire que ce camp est plutôt expérimental, et ne mérite en
rien l’attention du public pour le moment. J’espère certainement développer
un grand projet par la suite, mais il s’agit d’une expérience très partielle,
et une publicité excessive ne peut que faire du mal à l’ensemble. Par conséquent,
j’espère que vous m’aiderez en ne lui faisant pas plus de publicité.» On peut
regretter que seulement un petit nombre de photos aient été prises, et les exemplaires
restants de certaines sont si passés que leur reproduction est rendue difficile,
mais d’un autre côté les garçons ne furent pas distraits par l’attention de
la presse.
Un journal publia une description du site, mais les faits concernés furent rassemblés
avant que le camp ne fut réellement ouvert. Quelques-uns des garçons étaient
déjà sur place, et avec B.-P. et le Major Maclaren aidaient à monter les tentes.
C’étaient des tentes coniques ; c’était presque le seul modèle existant à cette
époque, et en fait pour plusieurs années à venir. Le scoutisme et un intérêt
grandissant pour le camping aidèrent à faire connaître la canadienne jusqu’à
ce qu’elle évince la tente militaire. On utilisait des paillasses comme lits,
mais les garçons fabriquèrent aussi des matelas sur des métiers à tisser comme
décrit dans Eclaireurs. Ils furent utilisés pendant les veilles de nuit. Un
barnum servait de salle à manger. La cuisine, avec une exception qui sera par
la suite remarquée, était préparée par un chef de l’armée. À cet égard, l’organisation
suivait les normes habituelles d’un camp des Boys’ Brigades.
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| L'île en regardant vers le Nord | |
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| Le site en 1947 vue de la mer | Croquis de l'île, vue d'Angleterre |
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| Le sud de l'île (en regardant vers le sud) | |
Chaque patrouille avait sa propre tente et la disposition
est montrée sur le croquis. On doit le considérer comme relativement, et non
absolument, exact, les survivants se disputant entre eux sur la disposition
exacte des tentes. Le drapeau utilisé avait flotté sur Mafeking au cours du
siège.
Les garçons ne portaient pas d’uniformes ; certains qui venaient de Public Schools
portaient des vêtements similaires (voir la photo avec le garde-côte). Ils avaient
toutefois des flots de patrouilles en laine de couleur, plutôt longs d’après
l’usage actuel : les Loups – bleu ; les Taureaux – vert ; les Courlis – jaune
; les Corbeaux – rouge. Chaque Chef de Patrouille avait un fanion avec l’animal
représenté dessus. Il y avait aussi des insignes. Chaque garçon reçut un insigne
en laiton en forme de fleur de lys qui fut attachée à sa veste ; lorsqu’il avait
passé quelques épreuves (matelotage, pistage, le drapeau) on lui donnait un
autre insigne en laiton à attacher en dessous du premier, une banderole avec
les mots «Be Prepared» (sois prêt). Ces deux insignes ensemble forment maintenant
la base de l’insigne de première classe en Grande-Bretagne ; mais, ce premier
insigne comportait une différence – la banderole était tournée vers le bas et
non vers le haut comme actuellement. On peut voir ces insignes sur certaines
des illustrations. On distribua aussi des foulards kaki, mais on n’en trouve
aucun signe sur les photos, les foulards étaient carrés et comportaient le portrait
de B.-P. au centre – sans doute des reliques des célébrations de Mafeking qui
étaient bien tombés.
L’uniforme de B.-P. est clairement visible sur la photo de la page 276. Le fait
qu’à ce tout premier camp il ait porté des culottes courtes est significatif.
Les soutaches sur les manches suivent le modèle qu’il avait conçu pour les officiers
de la Gendarmerie Sud Africaine. Le long flot d’épaule se trouve maintenant
dans le salon B.-P. au Quartier Général Impérial (voir Jamboree, avril 1947,
page 126). Il portait sur son chapeau le même insigne que les garçons. Ils furent
probablement déçus qu’il ne portât point son célèbre chapeau de cow-boy. Le
programme quotidien était comme suit :
6.00 Réveil. Aérer la literie. Lait et biscuits
6,30 Exercices
7,00 Annonce des activités du jour avec démonstration
7,30 Nettoyage du camp
7,55 Rassemblement. Lever de drapeau suivi des prières. Petit-déjeuner
9,00 Pratiques scoutes
12,00 Baignade
12,30 Déjeuner
13,00-14,30 Repos
14,30 Pratiques scoutes
17,00 Thé
18,00 Jeux de camp
19,15 Frictionnage et changement de vêtements
20,00 Dîner
20,15 Feu de camp Petits exercices (respiration, etc…)
21,15 Prières
21,30 Coucher. Extinction des feux
B.-P. utilisa la corne de koudou (capturée au Matabéléland en 1896) pour réveiller
le camp et pour les signaux, plusieurs notes courtes signifiaient «rassemblement»,
un long appel voulait dire «prêt». cette corne fut par la suite utilisée pour
ouvrir le premier camp de formation des chefs à Gilwell Park en 1919 et y est
encore utilisée ; elle fut aussi sonnée lors de l’ouverture du Jamboree de la
Majorité en 1929.
Les exercices pratiqués le matin et le soir étaient de simples exercices plutôt
que du type décrit dans Eclaireurs. Beaucoup des activités scoutes concernaient
le pistage et la traque, et aussi l’entraînement à l’observation. Des fers de
traqueur furent utilisés pour tracer certaines pistes ; sur une photo on peut
voir un garçon traçant une piste sur une allée de sable. L’officier principal
des gardes-côtes donna des leçons de matelotage, de secourisme et de respiration
artificielle ; il supervisa les activités de formation contre le feu lorsque
les garçons sautèrent depuis les fenêtres de la villa dans une couverture ;
il parla aussi du drapeau et des traditions et coutumes navales.
La baignade comprenait des jeux aquatiques et l’utilisation de deux barques
; le jeu le plus populaire fut la chasse à la baleine – un jeu que B.-P. adapta
d’une suggestion de Thompson Seton. La description que B.-P. en donna est la
suivante.
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«La baleine est constituée d’une grosse poutre de bois avec
une tête et une queue grossièrement taillées. D’habitude, deux barques mèneront
la chasse à la baleine, chaque barque ayant une patrouille comme équipage –
le Chef de Patrouille jouant le rôle du capitaine, le Second à la proue ou comme
harponneur, le reste de la patrouille comme rameurs. Chaque barque est rattachée
à un port différent, les deux ports étant éloigné d’un mile. L’arbitre prend
la baleine et la lâche à environ mi-parcours entre les deux ports, et à un signal
donné, les deux barques s’élancent pour voir qui peut la première attraper la
baleine. Le harponneur qui arrive le premier à portée de la baleine lui enfonce
son harpon et la barque fait rapidement demi-tour et remorque la baleine dans
le port. La seconde barque les poursuit, et lorsqu’elle dépasse la première,
harponne aussi la baleine, fait demi-tour, et s’efforce de remorquer la baleine
vers son port d’attache. De cette manière, les deux barques font un tir à la
corde et finalement la meilleure barque remorque la baleine et si possible,
la barque adverse jusqu’à son port d’attache !» Pour ce jeu, on utilisa un vrai
harpon de pêche à la baleine. Le dessin de chasse à la baleine de B-P fut visiblement
fait en ayant en tête l’île de Brownsea, car la scène en arrière-plan avec les
tentes est semblable.
Le repos après le déjeuner fut strictement respecté, les garçons pouvaient discuter,
mais on ne leur autorisait aucune activité.
Les jeux de camp du soir étaient pour la plupart pour s’amuser. On joua au basket-ball
avec un panier improvisé comme on le voit sur la photo. «L’ours au ballon[1]»
fut populaire, et aussi le «Combat de coqs [2]» Des jeux destinés à fortifier
les muscles et la respiration comme la «lutte» furent pratiqués.
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| Exercices de lutte | Balle au filet |
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| Avec un instructeur | Présentation d'un nouveau jeu |
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| Nouveau jeu | Tracking |
Pour le repas du soir, les garçons devaient être particulièrement
élégants et propres, ils appelaient cela «s’habiller pour dîner».
Les histoires de feu de camp étaient principalement les aventures de B.-P.,
beaucoup d’entre elles furent intégrées dans Eclaireurs. Souvent on leur faisait
référence au scoutisme pratique du lendemain. Personne ne se souvient avoir
chanté autre chose que le chant zoulou Eengonyâma.
Sir Percy Everett a écrit ses souvenirs de ces feux de camp.
Autour du feu de camp, la nuit, le Chef nous raconta des histoires palpitantes,
il mena lui-même le chœur d’Eengonyâma et de sa manière inimitable tint l’attention
et gagna le cœur de tous.
«Je peux encore le voir debout dans la lumière dansante du feu – une silhouette
alerte, plein de joie de vivre, parfois grave, parfois gai, répondant à toutes
sortes de questions, imitant le chant des oiseaux, montrant comment on piste
un animal sauvage, racontant tout à coup une petite histoire, dansant et chantant
autour du feu, tirant un enseignement moral, non avec des mots, mais d’une manière
indéfinissable et pourtant convaincante, de sorte que toute personne présente,
enfant ou adulte, était prête à le suivre là où il pouvait nous mener.» Le chœur
d’Eengonyâma est donné dans Eclaireurs, et n’est être plus aussi connu qu’il
l’a été. B.-P. l’entendit en 1887 ; alors qu’il rencontra les Zoulous pour la
première fois et fut grandement impressionné par ce qu’il appelait un «hymne
magnifique».
B.-P. tenait beaucoup à accoutumer les garçons aux conditions nocturnes ; de
là la veille de nuit, lorsque B.-P. lui-même essayait d’entrer dans le camp
venant de l’extérieur de ses limites. Un jour, il raconta aux garçons qu’il
allait «envahir» l’île et qu’ils devaient l’en empêcher. À ce moment, ils avaient
déjà appris une ou deux choses, donc ils postèrent un éclaireur pour garder
un œil sur ses mouvements et envoyer des signaux aux autres tandis que B.-P.
rampait dans le sous-bois. Alors qu’il passait sous un grand arbre, l’ordre
«halte» retentit au-dessus, et c’était Donald B.-P. qui eut ainsi l’honneur
de capturer son oncle. B.-P. utilisa cet incident comme un bon exemple de la
sagesse de regarder en l’air aussi bien qu’autour de soi.
Il y eut divers concours, certains entre les patrouilles et d’autres pour un
prix individuel. Donc un prix fut accordé pour la meilleure collection de feuilles
d’arbre avec leurs noms. Un autre prix fut donné pour les épreuves d’observation
; qui fut remporté par H. Emley. Le pistage se faisait en patrouilles ainsi
qu’individuellement ; les pistes étaient tracées de diverses manières – les
fers de traqueur ont déjà été mentionnés – mais certaines étaient tracées avec
des morceaux de chiffon de couleur sur les arbres, et par des signes scouts.
Beaucoup de pratiques et de compétitions différentes d’observation furent organisées,
comme de trouver des messages cachés dans les arbres ; en fait, B.-P. semble
avoir particulièrement insisté sur la formation à l’observation, au pistage,
à la traque, et autres formes de scoutisme.
Un des jeux d’observation pratiqué fut «Visage tâché» (voir illustration). Voici
la description faite par B.-P. : «Préparer des carrés de carton divisés en une
douzaine des petites cases ou plus. Chaque scout devra en prendre un, et devra
avoir un crayon et s’éloigner d’une centaine de mètres.
«Le chef prend alors une grande feuille de carton avec le même nombre de cases
dessinées dessus d’environ 7,5 cm de côté. Le chef a un certain nombre de ronds
en papier noir d’un centimètre et demi de diamètre et des épingles, il en attache
une demi-douzaine sur son carton, disposés comme il le désire. Il tient en l’air
le carton de sorte qu’il puisse être vu par les scouts. Ils approchent alors
peu à peu, et lorsqu’ils arrivent en vue ils indiquent sur leur carte la même
disposition des ronds. Celui qui le fait à la plus grande distance du chef a
gagné.»
«Donner cinq points pour chaque rond correctement marqué, retirer un point pour
chaque cinq centimètres plus rapprochés que l’homme le plus éloigné.»
Pendant toute une journée chaque patrouille partit seule avec des rations non
cuisinées, et devait se débrouiller seule, sachant que, à certains moments au
cours de l’expédition, ils seraient observés par B.-P. Ils s’étaient auparavant
entraînés à faire du feu et à pétrir de la pâte à pain. Pour ce dernier travail
on leur avait appris à mélanger la pâte à l’intérieur de leur veste. Cela bien
évidemment les séduisit, car un des survivants se rappelle que de retour chez
lui il recommença à le faire mais qu’il du s’arrêter suite aux objections fortes
et compréhensibles de sa mère !
On a dit que B.-P. n’a pas conservé de journal détaillé du camp, mais dans la
sixième partie de la parution bimensuelle d’Eclaireurs il a donné un résumé
d’un rapport qu’il rédigea sur le camp. Ce passage fut par la suite retiré du
livre, et comme il contient un ou deux points non encore abordés, le voici reproduit
ici :
La «troupe» de garçons fut répartie en «patrouilles» de cinq, le garçon le plus
âgé étant Chef de Patrouille. Cette organisation fut le secret de notre réussite.
Chaque Chef de Patrouille reçut l’entière responsabilité
du comportement de sa patrouille à tout moment, au camp ou sur le terrain. La
patrouille était l’unité pour le travail comme le jeu, et chaque patrouille
campait en un endroit différent. On demanda « sur leur honneur » aux garçons
de suivre les ordres. La responsabilité et l’émulation par le biais de concours
furent aussitôt établies, et un bon niveau de développement fut maintenu dans
la troupe jour après jour. La troupe était progressivement formée dans les sujets
du scoutisme. Chaque nuit une patrouille était de service en veille de nuit
– c’est-à-dire retirait des rations de farine, viande, légumes, thé, etc… et
se rendait hors du camp à un endroit indiqué pour y bivouaquer pour la nuit.
Chaque garçon emportait son manteau et ses couvertures, sa gamelle et des allumettes.
Une fois arrivés sur place on allumait des feux et préparait le dîner, après
quoi des sentinelles étaient postées et le bivouac formé. Les veilleurs étaient
épiés par des Chefs de Patrouille des autres patrouilles et moi-même, peu avant
onze heures du soir après quoi les sentinelles se retiraient et les veilleurs
se préparaient pour passer la nuit.
Nous avons découvert que la meilleure façon de faire passer une instruction
théorique était de le faire par courts chapitres illustrés de nombreux exemples
une fois assis autour du feu de camp ou pendant les heures de repos, et avec
des démonstrations pendant l’heure d’exercice avant le petit-déjeuner. Un cours
magistral risque d’ennuyer les garçons.
L’aspect pratique se faisait alors sous forme de compétitions ou de projets.
Par exemple, prenons un détail du sujet «Observation» à savoir le pistage.
1) Lors du feu de camp, la veille, nous racontions aux garçons un exemple intéressant
de l’avantage d’être capable de suivre une piste.
2) Le lendemain matin nous leur apprenions à lire une piste en laissant des
traces de pas à différents endroits, et en leur montrant comment les lire et
déduire leur signification.
3) Dans l’après-midi, nous organisions un jeu, comme «pister le cerf[4]» pendant
lequel un garçon s’éloignait en tant que « cerf » avec une demi-douzaine de
balles de tennis dans son sac. Vingt minutes plus tard quatre « chasseurs »
partaient à sa poursuite, suivant ses traces, chacun armé d’une balle de tennis.
Le cerf, après deux ou trois kilomètres, se cachait et devait essayer de tendre
une embuscade à ses chasseurs et donc les avoir à sa portée ; chaque chasseur
touché par une balle était considéré comme frappé à mort ; si, d’un autre côté,
le cerf était touché par trois de leurs balles il était tué.
Tel était notre principe pour enseigner la plupart des sujets. La discipline
fut bien sûr très satisfaisante. Une «cour d’honneur» fut instituée pour juger
toute personne qui aurait manqué à la discipline, mais ne fut jamais nécessaire.
En premier lieu, nos garçons s’étaient engagés «sur leur honneur» à faire de
leur mieux ; en second lieu, les garçons plus âgés étaient tenus responsables
de la conduite des garçons formant leur patrouille. Et cela fonctionna parfaitement
bien.» Dans son brouillon de compte-rendu, il releva avec quelle facilité des
garçons d’origine sociale aussi différente s’étaient mélangés. Cette expérience
fit sur lui une grande impression ; c’est de cela que provient l’idée de base
du quatrième article de la Loi Scoute.
III APRES BROWNSEA
Ce camp renforça en B.-P. la confiance qu’il travaillait
sur la bonne voie. Il avait acquis le soutien de M. (plus tard Sir) Arthur Pearson,
l’éditeur ; on lui fournit un bureau et des dispositions furent prises pour
la publications d’Eclaireurs, pour un hebdomadaire, The Scout, et pour des réunions
publiques au cours desquelles B.-P. exposerait son projet. À l’automne 1907
il est clair qu’il avait vu la nécessité d’une nouvelle organisation si ses
idées devaient être largement adoptées ; ses suggestions restaient ouvertes
si toute organisation existante désirait les utiliser si elle l’estimait approprié.
Un soutien vint des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens, et ce fut sur leur tribune
que B.-P. se présenta d’abord pour faire un exposé sur le scoutisme. La première
de ces réunions se tint à Hereford le 8 novembre 1907 ; et dans son exposé il
dit que c’était la première ville qu’il avait visité lors de sa «croisade».
d’autres lieux où il parla en novembre et décembre de cette année là sont Swansea,
Radcliffe (au Lancashire), Exeter, Carlisle, Glasgow, Edimbourg, Cardiff, Scarborough
et Londres.
Son agenda indique à la date du 26 décembre : «Séjour à la Maison du Moulin»
Cela se trouvait à Wimbledon Common, près de Londres ; et là, il s’installa
pour corriger le brouillon de ce qu’il avait déjà écrit d’Eclaireurs et terminer
la plus grande partie du livre. Il avait travaillé de temps à autre sur le livre
; par exemple son agenda indique : «Travaillé toute la matinée sur Eclaireurs»
pour la date du 22 décembre lorsqu’il se trouvait à Middleton dans le Teesdale.
Sir Percy Everett était à cette époque directeur littéraire chez Pearson et
ce fut lui qui fut chargé de superviser la publication du manuel. Il se souvient
que l’auteur « était bien plus professionnel que la plupart des auteurs et artistes,
en partie peut-être parce qu’il avait adopté cet excellent procédé facilitant
le travail de vous retourner votre lettres avec les commentaires adéquats en
marge de chaque paragraphe. De cette manière, je pouvais toujours compter sur
une réponse rapide et appropriée à toute demande. Parfois je devais attendre
à Wimbledon tandis qu’il terminait un chapitre. C’était fascinant de le voir
écrire et dessiner une fois avec la main droite, puis avec la main gauche. C’est
un lecteur vorace de livre et de journaux, et il trouvait rapidement et utilisait
tout fait ou incident susceptible d’être utile. Il faisait très attention à
vérifier toute information, et je ne peux me souvenir que d’une occasion où
il fut induit en erreur. Il m’avait envoyé l’histoire d’un garçon qui avait
fait montre d’une grande présence d’esprit dans un cas d’empoisonnement. On
était en train de faire la composition pour l’impression lorsque je reçus une
note caractéristique . «Veuillez supprimer l’histoire que je vous ai envoyée
pour Eclaireurs du gars qui avait sauvé la vie de sa mère d’un empoisonnement.
Une enquête ultérieure montre qu’il l’a à moitié tuée avec de mauvais remèdes.
R.S.S.B.P.»
B.-P. quitta la Maison du Moulin le 6 janvier 1908 et la première des livraisons
bimensuelles d’Eclaireurs fut publiée ce mois-là. Elles acquirent immédiatement
une grande popularité ; quatre retirages furent nécessaires cette année-là.
Le 29 mars il reçut les épreuves du premier numéro du magazine hebdomadaire
The Scout ; durant l’année il atteint un tirage de 110000 exemplaires. Ces quelques
faits sont une indication suffisante de la vitesse (en fait étonnamment rapide)
à laquelle l’idée des Boy Scouts conquis l’imagination des garçons de Grande
Bretagne. Bientôt des Patrouilles et des Troupes se constituèrent dans tout
le pays.
L’agenda 1908 indique à la date du 16 mai : «Inspecté les Boy Scouts à Wimbledon»
C’est la première inspection attestée que le Chef Scout effectua et cela semble
être une excellente date pour arrêter l’histoire de ce qui s’est passé «après
Brownsea», une histoire toujours en cours.
E.E. Reynolds Jamboree Journal of World Scouting, août 1947, Volume II, N° 8
(Traduction H.A.S.)
[1] Il s’agit d’un jeu de Thompson Seton que l’on retrouve
dans le livre Jeux d’Eclaireurs, 7ème édition, page 41
[2] Jeux d’Eclaireurs, pages 44-45
[3] Ce jeu que l’on trouve décrit dans Scouting for Boys à la fin du 11ème bivouac
ne se trouve pas dans la traduction française
[4] Il s’agit du jeu connu en français comme la chasse au lion, cf. Eclaireurs
édition 1988, page 191 et Jeux d’Eclaireurs, 7ème édition, page 27