LES IDEES DE BADEN-POWELL

SUR L'UNITÉ DU SCOUTISME EN FRANCE


Introduction La visite de B.-P. de 1921 La visite de 1936 Le camp de l'Oradou


INTRODUCTION

Lors de sa visite à la Croix Saint Ouen (Oise) en 1921, B.P. remit le Loup d'Argent à l'abbé Jacques SEVIN, qui devint la même année "Deputy Camp Chief" (c'est à dire accrédité par BP pour diriger des camps de formation de chefs). Emile Guillen (EDF) devint lui aussi Deputy Camp Chief, également en 1921, et Cappy devint officiellement opérationnel comme Chamarande.

Après les camps de la Croix Saint Ouen en 1921 et 1922, communs aux trois associations, EDF et EUF se retrouvèrent seuls, la main dans la main, dans une remarquable confiance réciproque, pour la gestion et l'utilisation du domaine de Cappy en vue de l'encadrement des camps de formation de chefs. Probablement par nécessité par rapport au scoutisme particulier qu'il décrit dans "Le Scoutisme" et ayant besoin pour cela de liberté de mouvement, le Père Sevin préféra s'écarter des deux autres associations et il créa le fameux camp de Chamarande.

Pour compenser cette séparation, il fallait maintenir des contacts suffisants au moins au plus haut niveau entre les trois associations et celles qui se créèrent par la suite. Un exemple spectaculaire d'esprit scout eut lieu en 1936 : les EDF et les EUF invitérent leurs frères SDF, nés pourtant dix ans plus tard, à la célébration de leur 25ème anniversaire, avec une nouvelle visite de B.P. à Paris, lequel en profita pour lancer (une fois de plus) un appel à l'unité du scoutisme de France. Cette unité prit une forme fédérative en 1940 aux résolutions de l'Oradou dont le contenu et le niveau d'esprit mériteraient d'être montrées en exemple aux générations actuelles, car montrant de la part des chefs du récent "Scoutisme Français" unanimes une réelle bonne volonté, un réel esprit fraternel, et un respect réciproque entre les diverses formations sans aucune exception. A cet instant, le vieux Chef avait enfin gagné, lui mourra au Kénya l'année d'après. On y lit notamment que "le scoutisme est basé sur l'idéalisme", ce mot comprenant aussi bien les religions existantes, mais incluant logiquement l'agnosticisme. Sans rien retirer aux mérites de toutes les personnalités participantes, il est probable que cette superbe unité, cette union sacrée étaient aussi stimulées par la guerre, mais le résultat n'en était pas moins magnifique. La fraternité scoute interdisait désormais le sectarisme associatif et ses méfaits, sans toutefois aller jusqu'à fusionner le tout en une seule et grande association aux multiples spiritualités.




LA VISITE DE
Sir Robert BADEN-POWELL
AUX CAMPS DU SCOUTISME FRANCAIS

(Compte-rendu extrait de l'Eclaireur de France n.70 de 1921)

Nous avons eu la joie de recevoir la visite du Chef Scout Sir Robert Baden-Powell, invité à venir en France pour visiter les camps écoles de scoutisme et pour présider la réunion du Comité universel de chefs de 1922.

Le Chef Scout est arrivé à Boulogne le 17 août à 19 heures. Sur le quai l'attendaient MM. L.W. Barclay, du Comité américain et Mr Henri Marty, délégué des trois associations du scoutisme français. Une délégation de la troupe des Eclaireurs de France de Boulogne-sur-Mer rendait les honneurs sous la direction du chef Lefèvre. Sir Robert était accompagné de M. Jessop, secrétaire adjoint du Bureau International des Boy-Scouts.

Après s'être reposé, le Chef Scout partait à 6h44 pour Saint Pol, acccompagné de MM. Barclay, Jessop et Marty. A Saint Pol, il fut reçu par M. Lefèvre-Dibon, Vice-Président des Eclaireurs de France, M. le Sous-Préfet de Saint Pol, et MM. Miller, Crawford, Loiseau, et Charpentier, représentant le Comité des Eclaireurs de la France Dévastée, puis une automobile le conduisit jusqu'à leur camp. Sir Robert était attendu par le Chef Lesecq, qui lui présenta ses assistants et principaux collaborateurs et lui fit rompre une branche de feuillage qui barrait l'entrée du camp.


C'est Georges LESECQ qui fonda en 1913 les Eclaireurs de France de DOUAI. Il devint Commissaire Régional en 1920, puis il entra au Comité Directeur.
A peine le Chef Scout avait-il pénétré dans le camp qu'un scout costumé en indien se précipitait sur lui, mais, le reconnaissant il s'inclina devant lui et lui livra passage. Le camp paraissait désert, mais quand les visiteurs se furent engagés sur le chemin qui portait le nom de "Montée Baden-Powell", de tous les buissons environnants jaillirent les éclaireurs qui se rangèrent et firent une haie d'honneur en poussant des exclamations.

Sir Robert Baden-Powell visita minutieusement le camp dont il approuva pleinement la disposition et l'aménagement, appréciant les mille détails où se renouvelait l'originalité et le caractère bien français de ce camp des Eclaireurs de la France dévastée.
Il félicita vivement les organisateurs et en témoignage de sa satisfaction, il remit la médaille du mérite au Chef Lesecq. (Voir encadré à droite).

De Saint Pol le Chef Scout se rendit en automobile à Arras, dont il tenait à visiter les ruines et d'où il prit le train pour Paris.

Le lendemain à 9 heures, départ en automobile de l'Hôtel de Crillon, où est descendu Sir Robert. Arrivée au camp de la Croix-Saint-Ouen à 11H15.

Le Chef Scout est reçu par Mr Beigbeder des E.U., Directeur du Camp-Ecole qui le prie de bien vouloir ouvrir cette période d'instruction en disant quelques mots. Il le fait en ces termes :

"J'appelle votre attention sur la formation individuelle et sociale donnée par le scoutisme.

Au point de vue individuel, le scoutisme est d'abord une école de caractère; de plus, il apprend à l'enfant à aimer le travail manuel ce qui a une grande importance pour la souplesse de son corps, la formation de son jugement et son adaptation au monde actuel. Enfin, augmentant sa valeur physique, il accroit en même temps dans de notables proportions sa joie de vivre.

Il faut que l'enfant se sente responsable de sa santé physique; le scoutisme le lui fait comprendre.

Mais cette formation individuelle est insuffisante et le scoutisme y ajoute une formation sociale. Il exige de chacun de ses adeptes le service envers la communauté.

La responsabilité d'un chef de troupe est grande, non seulement par son action mais peut être surtout par son exemple car l'Eclaireur imitera tout ce que fait, tout ce que dit, tout ce que pense son chef.

Beaucoup d'éclaireurs ont perdu à la guerre leur père ou leur frère ainé; c'est une attitude de père ou de frère ainé que doit prendre le chef auprès de ses scouts beaucoup plus qu'une attitude de maître d'école, de pasteur, ou d'officier.

Je suis persuadé qu'une telle attitude sera comprise et prise plus facilement par de jeunes français que par n'importe quel autre peuple."



Puis après avoir inspecté le camp, le Chef se rend sous la grande tente où est servi le déjeuner.

A l'issue de celui-ci, M. Fournier-Sarlovèze salue le Chef Scout et émet le voeu de voir le scoutisme français resserrer de plus en plus les liens qui unissent les trois associations et il ajoute que, sans doute, les scouts français seront bientôt capables d'organiser eux-mêmes leurs camps d'été. Sir Robert Baden-Powell qui prend la parole après quelques mots dits par M. Bertier insiste sur cette union et ce travail commun. Deux choses, dit-il, l'ont très vivement frappé et l'ont rempli d'espoir, c'est d'une part de voir ce camp se réunir sous un nouvel étendard, le drapeau sur lequel se marient l'arc tendu, le coq hardi, et la croix potence; d'autre part, pouvoir inaugurer un véritable camp-école de chefs français.

Après le déjeuner, le Chef Scout remet la médaille du mérite à MM. Barclay, Guerreau et Marty, le loup d'argent à l'abbé Sevin(SDF) et à M. Charpentier (EDF). De vibrants hadjidji saluent ces distinctions.

Puis les autos repartent et voici qu'à son tour le Camp de Corcy que dirige M. Saumade de Paoli, acclame le Chef. Peu de discours ici : le Chef juge un concours de feux et souhaite bonne fin de camp aux garçons réunis. M. Bertier dit à M. le Préfet de l'Aisne la reconnaissance que tous éprouvent envers le Gouvernement pour l'aide précieuse apportée par le Ministère de l'Hygiène aux organisateurs de ce camp.

Pour terminer cette journée bien remplie, un dîner tout intime réunit à Paris quelques chefs français et Sir Robert.

Le 19 août, à 10h30, Sir Baden-Powell accompagné des deux vice-présidents des Eclaireurs de France, se rendit à L'Elysée où, en l'absence de M. Millerand, il fut reçu par M. Bompard, directeur de Cabinet de M. Le Président de la République qui voulut affirmer la sympathie de ce dernier pour le mouvement scout.

A 11 Heures, le Comité d'organisation de la Conférence universelle de scoutisme de 1922 se réunit à l'Hôtel de Crillon. Le Chef Scout voulut bien l'honorer de sa présence, et lui exprima sa reconnaissance de voir le travail préparatoire déjà commencé.

Le déjeuner qui suivit, au Cercle de la Renaissance, fut présidé par M. Barclay. Plusieurs discours furent prononcés par M. Lefèvre-Dibon au nom des Eclaireurs de France, par M. le Général Guyot de Salins, M. l'abbé Cornette, Mr Bonnamaux et par M. Barclay.

Sir Robert Baden-Powell prit aussi la parole. Voici en substance le discours qu'il prononça :

Frères Scouts,

Il y a peu de temps que je suis rentré des Indes. En arrivant dans ce pays, si profondément divisé en castes, j'ai trouvé jusqu'à six organisations différentes de scoutisme. Rien de fondamental ne les divisait et les enfants qu'elles unissaient ressemblaient fort aux nôtres. Les différences que l'on remarque entre adultes de races se montrent beaucoup moins chez les enfants et l'on peut dire que les garçons sont les mêmes dans le monde entier. Aussi a t-il été possible de fédérer tous ces mouvements dans notre idéal et ce faisant j'ai constaté une fois de plus que le lien du scoutisme n'unit pas seulement les garçons mais aussi les adultes. Dans cette Inde si diversifiée, c'est le scoutisme que j'ai vu amener des adultes de castes différentes, que rien d'autre n'aurait pu décider à se parler, à frayer et à travailler entre eux.

En arrivant en France, j'ai été heureux de vous voir travailler en commun et j'ai été particuliérement frappé de vous voir porter cet effort commun, symbolisé par ce nouveau drapeau, dont les plis renferment un si bel espoir sur la question si importante de la formation des chefs. Hier soir, en allant à Versailles, je voyais le soleil se coucher derrière l'Arc de Triomphe, sur la tombe du soldat inconnu. Il disparaissait derrière un gros nuage violacé et un sentiment de tristesse remplissait mon âme. Il me semblait que c'était l'astre de la France meurtrie qui se couchait et je faisais effort pour me persuader que l'aurore devait luire un jour. Cette aurore, je l'ai vue se lever le lendemain en arrivant dans votre camp de chefs. J'y vois l'espoir d'un magnifique développement de votre scoutisme national : peut être n'est ce qu'un rêve ... En tous cas, c'est à vous qu'il appartient de le réaliser et dans cette grande entreprise, que Dieu vous aide !





PARIS 1936 : DECLARATION de
Lord Robert BADEN-POWELL
aux Eclaireuses, Guides, Eclaireurs et Scouts Français

(Extrait du journal l'Eclaireur de France du 5 décembre 1936)


Cette déclaration fut prononcée devant toutes les associations françaises de scoutisme au cours de sa visite à PARIS pour le 25ème anniversaire des EUF et EDF

Je vous demande à tous, Guides ou Eclaireuses, Eclaireurs Unionistes, Scouts ou Eclaireurs de France, d'avoir toujours comme but principal l'oubli de toutes différences de classes ou de croyances, afin que le mouvement scout reste fort parce que parfaitement uni.

Ainsi, vous travaillerez tous en commun pour le bien de votre Pays.

Lord Robert BADEN-POWELL
Chef Scout du Monde


C'est évidemment là un rappel à l'ordre discret, mais ferme et répétitif, face aux intolérances et aux divisions du scoutisme de France.



LA CONSTITUTION
DU SCOUTISME FRANÇAIS

LES DÉCISIONS DE L'ORADOU (septembre 1940)

par Pierre FRANCOIS

NDLR. On évoque parfois l'Oradou en parlant du château Michelin, (plutôt que de la Cité Michelin), célèbre famille qui donna une cheftaine aux Scouts de France. Mais curieusement, on ne parle jamais, au delà de cette évocation pour le moins superficielle, du contenu des réunions scoutes qui s'y tinrent, ni des décisions fondamentales qui y furent prises, comme si l'on voulait que leur contenu reste ignoré, ou qu'il ne se dresse comme un reproche vis à vis des positions sectaires qui ne manquèrent pas de revenir par la suite et qui sont une des origines de l'état émietté à l'extrême du scoutisme en France aujourd'hui.

C'est pourquoi, dans un but de vérité historique, SCOUTISME ET COLLECTIONS tient à rappeler ce contenu, grâce au livre remarquable de François et Kergomard, Le scoutisme chez les Eclaireurs de France de 1911 à 1951.

Les relations entre les associations masculines de scoutisme en France avaient été assurées par un Bureau Interfédéral (B.I.F.). En raison de la défiance et de la tension qui existaient singulièrement entre les E.D.F. et les S.D.F., cet organisme n'avait qu'une portée et une efficacité réduites.

Le B.I.F. se réunit le 5 août 1940 à Vichy. Les présidents et commissaires nationaux des diverses associations sont présents. Après avoir constaté les services considérables rendus par toutes les unités scoutes au cours des derniers mois, les participants se préoccupent de l'avenir. Le désir se manifeste d'une union plus forte, non point seulement par opportunisme puisqu'il convenait de présenter un front commun face aux Pouvoirs Publics, mais pour unir plus étroitement la jeunesse française au service de relévement de la France.

Il est décidé de constituer à Vichy un petit B.I.F. permanent, composé des commissaires nationaux de chaque association et d'un secrétaire général. André Basdevant (EDF) est nommé à ce poste, tandis que le Général Lafont, Chef scout des SDF est porté à la présidence du B.I.F..

A partir de là, André Basdevant consulte les associations sur leur conception de l'union. Si la nécessité d'une telle union apparaît dans les circonstances présentes, des réticences se font jour quand il s'agit de ses fondements. Les Scouts de France souhaitent notamment qu'il soit reconnu que le scoutisme, selon Baden-Powell, est religieux. Sans doute veulent-ils plus obtenir un assentiment de principe que la modification du statut propre de certaines associations, notamment de celle des E.D.F.

Après plusieurs entretiens privés, le petit B.I.F. réuni le 17 septembre, reconnait qu'un terrain d'entente est trouvé et qu'un travail utile peut être entrepris. A cette fin, on se réunira au camp de l'Oradou, du 24 au 26 septembre 1940...

Ce camp a réuni les responsables nationaux des Scouts de France, des Eclaireurs Unionistes, des Eclaireurs Israélites, des Eclaireurs de France, de la Fédération Française des Eclaireuses, et des Guides de France. C'était la première fois que les associations masculines et féminines se rencontraient en vue de travailler en commun. C'était la première fois que les Eclaireurs Israélites étaient admis à siéger sur un pied d'égalité avec les autres associations.

La délégation E.D.F. qui participe à cette réunion est composée de André Lefèvre, Commissaire Général; Pierre François, Commissaire National; Etienne Peyre, Commissaire National adjoint; Marcel Lévy-Danon, commissaire national adjoint, membre du Comité Directeur; André Basdevant, secrétaire général du B.I.F., membre du Comité Directeur.


Ci-dessus, l'insigne
chapeau doré du Chef
du Scoutisme Français

Le SCOUTISME FRANCAIS, fédérant plus étroitement les associations masculines et féminines, est né de cette réunion. Les éléments essentiels de son organisation et de son fonctionnement y ont été élaborés, mais surtout, là ont été définis les principes qui doivent lui donner sa raison d'être et qui, pour longtemps, demeureront la charte commune du scoutisme en France.

 




Voici le texte le plus significatif de cette "CHARTE DE L'Oradou". :

Ce qui unit tous les membres du Scoutisme Français, tant masculin que féminin, c'est d'abord qu'ils sont les tenants d'un système d'éducation qui crée un certain type d'homme et de femme.

Cette pédagogie a sur la nature de l'homme un optimisme mesuré. Elle sait que l'homme n'est pas totalement bon, mais que l'on doit toujours pour l'éduquer faire appel à sa collaboration active et à son sens inné de l'honneur. Elle vise avant tout le perfectionnement corporel et spirituel de ses membres au service du prochain et de la Patrie. Le scoutisme est une école de civisme qui veut former des citoyens actifs, joyeux et utiles.

La méthode de B.P. n'est pas une méthode quelconque de pédagogie active : on constate que le scoutisme de B.P. est d'inspiration chrétienne et qu'il a, dans ses préoccupations, la recherche de Dieu, ses devoirs envers lui, le service des autres, l'amour du Pays. Un scoutisme qui négligerait systématiquement ou mépriserait cela ne serait plus le scoutisme de B.P.

Les membres du Scoutisme français ne veulent donc pas s'unir d'après une formule de neutralité purement négative. Ils entendent manifester de la compréhension et du respect pour toute croyance.

D'inspiration religieuse, le scoutisme n'aboutit pas de par soi à un credo déterminé. Mais il est conforme à son esprit qu'il encourage la recherche de la Vérité parmi ses membres et revête un caractère confessionnel dans certaines associations.

En France et dans l'Empire colonial, le scoutisme s'adresse à de très nombreux garçons et filles qui ne professent pas la foi chrétienne, mais qui désirent vivre un idéal de franchise, de service et de pureté conforme aux principes de la chevalerie française.

Dans ces conditions, le Scoutisme français doit grouper, dans la fidélité à l'idéal défini précédemment, les scouts croyant en Dieu et ceux qui, sans adhérer explicitement à une religion, se sentent en sympathie avec les croyants et recherchent, pour leur part, le Vrai, le Juste et le Bien, dans la sincérité de leur coeur.


On peut concevoir, d'après ce texte, quel chemin a été parcouru par les associations scoutes en France pour aboutir à une réciproque et définitive reconnaissance de leurs respectives raisons d'être, en même temps que le ralliement à des aspirations communes. Il faut aussi noter qu'il y a dans la déclaration de l'Oradou un très notable effort de rigueur dans la définition de ce qui peut constituer l'"esprit" du scoutisme, jusque là, il faut le reconnaître, évoqués en termes trop vagues. C'est ainsi que les textes de l'Oradou vont dans le même sens que certaines des résolutions d'Auvillars mais les dépassent en intelligence et en précision.

Cependant, les participants du Camp de l'Oradou ne se sont pas bornés à chercher un dénominateur commun, ils ont également tenu à définir les modalités de l'union entre les six associations.

C'est ainsi qu'il a été décidé d'aller aussi loin que possible dans l'unification de la terminologie, des insignes, de la tenue et des méthodes en usage dans les diverses associations. Les travaux du Scoutisme français ont pu être conduits grâce à une organisation bien structurée. A la tête du Scoutisme Français, il y a un Chef-scout, élu pour trois ans par le Conseil national. Durant son mandat, il ne doit pas détenir d'autre fonction dans l'une des associations. Le Conseil national est composé des présidents, commissaires généraux, et aumôniers généraux des associations masculines et féminines. Aux échelons provincial, départemental, et local, ont été institués des collèges du Scoutisme français qui désignent un délégué, nommé par le Conseil national.


LA REUSSITE.

Les décisions de l'Oradou ne devaient pas rester sans lendemain. Elles ont été suivies d'une effective mise en oeuvre. Malgré certaines hésitations et résistances, surtout au début, l'union du Scoutisme français a été une réussite.

C'est que, tout d'abord, les constituants ont bien visé, en aménageant juste ce qu'il était possible d'union, en préservant la diversité et l'indépendance des associations nationales.

C'est aussi que les destinées du Scoutisme français ont été confiées à deux personnalités exceptionnelles : le Général Lafont, Chef scout, et André Basdevant, secrétaire général. Le premier a conquis d'emblée l'adhésion, le respect, et l'affection des responsables de toutes les associations par la finesse de son esprit, son humour, sa courtoisie, ses qualités de coeur et son équité. Il manifestait de plus une parfaite connaissance du scoutisme, de ses possibilités et de ses limites. Le second, pour sa part, était bien connu pour la vivacité de son intelligence, son pouvoir d'analyse et de synthèse, sa compétence juridique et sa longue pratique du scoutisme. On appréciait ses réparties spirituelles et sa façon souriante de ramener les choses et les incidents à leurs vraies dimensions. Le général Lafont et André Basdevant ont été les grands artisans de la constitution du Scoutisqme français, de plus en plus uni et de plus en plus apte à remplir sa mission sur des voies semées d'embûches. Il s'agissait de protéger le scoutisme dans son ensemble et chaque association en particulier : le scoutisme laïque et surtout le scoutisme israélite, particuliérement visés, ont le plus bénéficié de cette protection.

Le travail d'unification a été poussé très loin en ce qui concerne les tenues, le cérémonial et les épreuves de degrés et de brevets.

Le Scoutisme français, en instituant des collèges aux niveaux local, régional et national, a favorisé le rapprochement et la coopération d'hommes et de femmes qui jusqu'alors s'ignoraient ou s'opposaient. On vit disparaître l'antagonisme naguère profond du scoutisme laïque et des scoutismes confessionnels. Cela ne se passa pas sans de réciproques concessions : d'une part les E.D.F. abandonnaient leur monopole d'accès à l'enseignement public, mais il ne pouvait en être autrement dans le climat politique d'alors, si favorable à l'église catholique et si hostile à l'esprit laïque. En fait, les E.D.F. ont plus perdu sur le plan des principes que dans la pratique. Ils ont continué à profiter largement de la sympathie et de l'accueil de l'enseignement public, d'autant plus que leur association demeurait la seule organisation laïque à fonctionner. Dans le même temps, l'église catholique, ses prêtres et sa hiérarchie renonçaient à prononcer des interdits à l'égard des E.D.F.. Ce changement d'attitude mit non seulement fin à une guerre néfaste mais permit à des français, croyants et non croyants, appartenant à des organisations confessionnelles ou laïques, de converser et de se concerter sans pour autant affadir leurs convictions respectives. On ne peut concevoir l'importance de ce changement qu'en se souvenant de l'âpreté du conflit qui opposait les deux camps auparavant.

L'union sera si bien consolidée qu'elle tiendra encore au delà de 1945 et qu'elle permetttra la réussite d'une entreprise aussi considérable et difficile que l'organisation et le déroulement en France du jamboree de 1947.

Ce chapitre ne peut se clore sans rappeler les liens privilégiés qui ont été noués entre les Eclaireurs de France et les Eclaireurs Unionistes aux heures noires et difficiles qui ont suivi la défaite.

L'union du scoutisme français, il n'avait pas été nécessaire pour les E.D.F. de la sceller avec les Eclaireurs Unionistes. Les relations traditionnellement étroites avec les E.U.F. n'ont pu que se resserrer au cours de cette période. Au delà de l'entreprise commune des camps-écoles, les E.D.F. ont grandement apprécié les conversations et consultations qu'ils ont eues alors avec les Eclaireurs Unionistes. C'est avec eux que la convergence des pensées sur les événements et les hommes apparaissait la plus nette et causait le plus de réconfort. De plus, la conscience exigeante des Eclaireurs Unionistes a, dans plusieurs circonstances, pesé de façon heureuse sur les choix et les comportements des E.D.F.

Jean Gastambide, commissaire national des E.U. et toute son équipe, singulièrement André Mendel, Jacques Lochard, Pierre et Jacques Cadier, ont été pour leurs partenaires E.D.F. de véritables associés et d'incomparables amis.

Extrait de "Les E.D.F. de 1911 à 1951", par François et Kergomard


Annexe : LES RESOLUTIONS D'AUVILLARS (1940)

Note de la Rédaction. Il ne faut surtout pas confondre les Résolutions d'Auvillars avec la Charte de l'Oradou. Les résolutions d'Auvillars furent un conseil de commissaires nationaux et régionaux des Eclaireurs de France réunis les 10 et 11 septembre 1940 à Auvillars en Zone Libre.

Cependant, on trouve parmi les décisions prises par l'assemblée des principaux responsables des E.D.F. et qui furent acceptées à l'unanimité, certaines d'entre elles qui paraissent annoncer les plus fondamentales qui seront prises quinze jours après à l'Oradou mais cette fois par les associations françaises toutes réunies les 25 et 26 septembre.

Voici un extrait des points 1 et 2 d'Auvillars sur la spiritualité :

  1. Il n'est pas de scoutisme sans idéalisme. Ne sont E.D.F. que ceux qui se montrent attachés à un idéal spirituel ou religieux.
  2. Le chef se fait un devoir de respecter chez ses garçons les sentiments religieux ou les tendances idéalistes; il facilite leur plein épanouissement. Au cours de toute sortie ou journée de camp, le chef prévoit un moment d'élévation morale; il se garde de tout prosélytisme mais, s'adressant à tous, il invite chaque éclaireur à mettre ses forces spirituelles personnelles au service de notre loi et de notre promesse.


Routiers, Dessin de Ric 1942


Les résolutions d'Auvillars comportent d'autres points. Signalons le troisième où le Conseil décide de transformer la Fédération des EDF en Association.

Cette centralisation, adoptée également dans les autres associations françaises de scoutisme, eut des effets très divers sur lesquels les avis sont très partagés. Cette décision apparemment innocente eut à long terme l'effet de faciliter les réformes.