LES IDEES DE BADEN-POWELL
SUR L'UNITÉ DU SCOUTISME EN FRANCE
| Introduction | La visite de B.-P. de 1921 | La visite de 1936 | Le camp de l'Oradou |
Lors de sa visite à la Croix Saint Ouen (Oise) en 1921, B.P. remit
le Loup d'Argent à l'abbé Jacques SEVIN, qui devint la même année
"Deputy Camp Chief" (c'est à dire accrédité par BP pour diriger des
camps de formation de chefs). Emile Guillen (EDF) devint lui aussi
Deputy Camp Chief, également en 1921, et Cappy devint officiellement
opérationnel comme Chamarande.
Après les camps de la Croix Saint Ouen en 1921 et 1922, communs aux
trois associations, EDF et EUF se retrouvèrent seuls, la main dans
la main, dans une remarquable confiance réciproque, pour la gestion
et l'utilisation du domaine de Cappy en vue de l'encadrement des
camps de formation de chefs. Probablement par nécessité par
rapport au scoutisme particulier qu'il décrit dans "Le Scoutisme"
et ayant besoin pour cela de liberté de mouvement, le Père Sevin
préféra s'écarter des deux autres associations et il créa le
fameux camp de Chamarande.
Pour compenser cette séparation, il fallait maintenir des
contacts suffisants au moins au plus haut niveau entre les trois associations
et celles qui se créèrent par la suite. Un exemple spectaculaire d'esprit scout
eut lieu en 1936 : les EDF et les EUF invitérent leurs frères SDF, nés pourtant
dix ans plus tard, à la célébration de leur 25ème anniversaire, avec une nouvelle
visite de B.P. à Paris, lequel en profita pour lancer (une fois de plus) un
appel à l'unité du scoutisme de France. Cette unité prit une forme fédérative
en 1940 aux résolutions de l'Oradou dont le contenu et le niveau d'esprit mériteraient
d'être montrées en exemple aux générations actuelles, car montrant de la part
des chefs du récent "Scoutisme Français" unanimes une réelle bonne volonté,
un réel esprit fraternel, et un respect réciproque entre les diverses formations
sans aucune exception. A cet instant, le vieux Chef avait enfin gagné, lui mourra
au Kénya l'année d'après. On y lit notamment que "le scoutisme est basé sur
l'idéalisme", ce mot comprenant aussi bien les religions existantes, mais incluant
logiquement l'agnosticisme. Sans rien retirer aux mérites de toutes les personnalités
participantes, il est probable que cette superbe unité, cette union sacrée étaient
aussi stimulées par la guerre, mais le résultat n'en était pas moins magnifique.
La fraternité scoute interdisait désormais le sectarisme associatif et ses méfaits,
sans toutefois aller jusqu'à fusionner le tout en une seule et grande association
aux multiples spiritualités.
LA VISITE DE
Sir Robert BADEN-POWELL
AUX CAMPS DU SCOUTISME FRANCAIS
(Compte-rendu extrait de l'Eclaireur de France n.70 de 1921)
Nous avons eu la joie de recevoir la visite du Chef Scout
Sir Robert Baden-Powell, invité à venir en France pour visiter les camps écoles
de scoutisme et pour présider la réunion du Comité universel de chefs de 1922.
Le Chef Scout est arrivé à Boulogne le 17 août à 19 heures.
Sur le quai l'attendaient MM. L.W. Barclay, du Comité américain et Mr Henri
Marty, délégué des trois associations du scoutisme français. Une délégation
de la troupe des Eclaireurs de France de Boulogne-sur-Mer rendait les honneurs
sous la direction du chef Lefèvre. Sir Robert était accompagné de M. Jessop,
secrétaire adjoint du Bureau International des Boy-Scouts.
Après s'être reposé, le Chef Scout partait à 6h44 pour
Saint Pol, acccompagné de MM. Barclay, Jessop et Marty. A Saint Pol, il fut
reçu par M. Lefèvre-Dibon, Vice-Président des Eclaireurs de France, M. le Sous-Préfet
de Saint Pol, et MM. Miller, Crawford, Loiseau, et Charpentier, représentant
le Comité des Eclaireurs de la France Dévastée, puis une automobile le conduisit
jusqu'à leur camp. Sir Robert était attendu par le Chef Lesecq, qui lui présenta
ses assistants et principaux collaborateurs et lui fit rompre une branche de
feuillage qui barrait l'entrée du camp.
![]() C'est Georges LESECQ qui fonda en 1913 les Eclaireurs de France de DOUAI. Il devint Commissaire Régional en 1920, puis il entra au Comité Directeur. |
Sir Robert Baden-Powell visita minutieusement le camp dont il
approuva pleinement la disposition et l'aménagement, appréciant
les mille détails où se renouvelait l'originalité et le caractère
bien français de ce camp des Eclaireurs de la France dévastée.
Il félicita vivement les organisateurs et en témoignage de sa satisfaction, il
remit la médaille du mérite au Chef Lesecq. (Voir
encadré à droite).
De Saint Pol le Chef Scout se rendit en automobile à Arras, dont
il tenait à visiter les ruines et d'où il prit le train pour Paris.
Le lendemain à 9 heures, départ en automobile de l'Hôtel de
Crillon, où est descendu Sir Robert. Arrivée au camp de la
Croix-Saint-Ouen à 11H15.
Le Chef Scout est reçu par Mr Beigbeder des E.U., Directeur du
Camp-Ecole qui le prie de bien vouloir ouvrir cette période
d'instruction en disant quelques mots. Il le fait en ces termes :
|
"J'appelle votre attention sur la formation individuelle et sociale
donnée par le scoutisme.
Au point de vue individuel, le scoutisme est d'abord une école de
caractère; de plus, il apprend à l'enfant à aimer le travail manuel
ce qui a une grande importance pour la souplesse de son corps, la
formation de son jugement et son adaptation au monde actuel. Enfin,
augmentant sa valeur physique, il accroit en même temps dans de
notables proportions sa joie de vivre.
Il faut que l'enfant se sente responsable de sa santé physique; le
scoutisme le lui fait comprendre.
Mais cette formation individuelle est insuffisante et le scoutisme
y ajoute une formation sociale. Il exige de chacun de ses adeptes
le service envers la communauté.
La responsabilité d'un chef de troupe est grande, non seulement par
son action mais peut être surtout par son exemple car l'Eclaireur
imitera tout ce que fait, tout ce que dit, tout ce que pense son chef.
Beaucoup d'éclaireurs ont perdu à la guerre leur père ou leur frère
ainé; c'est une attitude de père ou de frère ainé que doit prendre
le chef auprès de ses scouts beaucoup plus qu'une attitude de maître
d'école, de pasteur, ou d'officier.
Je suis persuadé qu'une telle attitude sera comprise et prise plus facilement par de jeunes français que par n'importe quel autre peuple." |
Puis après avoir inspecté le camp, le Chef se rend sous la grande
tente où est servi le déjeuner.
A l'issue de celui-ci, M. Fournier-Sarlovèze salue le Chef Scout
et émet le voeu de voir le scoutisme français resserrer de plus en
plus les liens qui unissent les trois associations et il ajoute que,
sans doute, les scouts français seront bientôt capables d'organiser
eux-mêmes leurs camps d'été. Sir Robert Baden-Powell qui prend la
parole après quelques mots dits par M. Bertier insiste sur cette
union et ce travail commun. Deux choses, dit-il, l'ont très vivement
frappé et l'ont rempli d'espoir, c'est d'une part de voir ce camp se
réunir sous un nouvel étendard, le drapeau sur lequel se marient
l'arc tendu, le coq hardi, et la croix potence; d'autre part, pouvoir
inaugurer un véritable camp-école de chefs français.
Après le déjeuner, le Chef Scout remet la médaille du mérite à MM.
Barclay, Guerreau et Marty, le loup d'argent à l'abbé Sevin(SDF) et
à M. Charpentier (EDF). De vibrants hadjidji saluent ces
distinctions.
Puis les autos repartent et voici qu'à son tour le Camp de Corcy
que dirige M. Saumade de Paoli, acclame le Chef. Peu de discours
ici : le Chef juge un concours de feux et souhaite bonne fin de camp
aux garçons réunis. M. Bertier dit à M. le Préfet de l'Aisne la
reconnaissance que tous éprouvent envers le Gouvernement pour l'aide
précieuse apportée par le Ministère de l'Hygiène aux organisateurs
de ce camp.
Pour terminer cette journée bien remplie, un dîner tout intime réunit
à Paris quelques chefs français et Sir Robert.
Le 19 août, à 10h30, Sir Baden-Powell accompagné des deux
vice-présidents des Eclaireurs de France, se rendit à L'Elysée où,
en l'absence de M. Millerand, il fut reçu par M. Bompard, directeur
de Cabinet de M. Le Président de la République qui voulut affirmer
la sympathie de ce dernier pour le mouvement scout.
A 11 Heures, le Comité d'organisation de la Conférence universelle
de scoutisme de 1922 se réunit à l'Hôtel de Crillon. Le Chef Scout
voulut bien l'honorer de sa présence, et lui exprima sa
reconnaissance de voir le travail préparatoire déjà commencé.
Le déjeuner qui suivit, au Cercle de la Renaissance, fut présidé par
M. Barclay. Plusieurs discours furent prononcés par M. Lefèvre-Dibon
au nom des Eclaireurs de France, par M. le Général Guyot de Salins,
M. l'abbé Cornette, Mr Bonnamaux et par M. Barclay.
Sir Robert Baden-Powell prit aussi la parole. Voici en substance
le discours qu'il prononça :
|
Frères Scouts,
Il y a peu de temps que je suis rentré des Indes. En arrivant dans
ce pays, si profondément divisé en castes, j'ai trouvé jusqu'à six
organisations différentes de scoutisme. Rien de fondamental ne les
divisait et les enfants qu'elles unissaient ressemblaient fort aux
nôtres. Les différences que l'on remarque entre adultes de races
se montrent beaucoup moins chez les enfants et l'on peut dire que
les garçons sont les mêmes dans le monde entier. Aussi a t-il été
possible de fédérer tous ces mouvements dans notre idéal et ce
faisant j'ai constaté une fois de plus que le lien du scoutisme
n'unit pas seulement les garçons mais aussi les adultes. Dans
cette Inde si diversifiée, c'est le scoutisme que j'ai vu amener
des adultes de castes différentes, que rien d'autre n'aurait pu
décider à se parler, à frayer et à travailler entre eux.
En arrivant en France, j'ai été heureux de vous voir travailler en commun et j'ai été particuliérement frappé de vous voir porter cet effort commun, symbolisé par ce nouveau drapeau, dont les plis renferment un si bel espoir sur la question si importante de la formation des chefs. Hier soir, en allant à Versailles, je voyais le soleil se coucher derrière l'Arc de Triomphe, sur la tombe du soldat inconnu. Il disparaissait derrière un gros nuage violacé et un sentiment de tristesse remplissait mon âme. Il me semblait que c'était l'astre de la France meurtrie qui se couchait et je faisais effort pour me persuader que l'aurore devait luire un jour. Cette aurore, je l'ai vue se lever le lendemain en arrivant dans votre camp de chefs. J'y vois l'espoir d'un magnifique développement de votre scoutisme national : peut être n'est ce qu'un rêve ... En tous cas, c'est à vous qu'il appartient de le réaliser et dans cette grande entreprise, que Dieu vous aide ! |
PARIS 1936 : DECLARATION de
Lord Robert BADEN-POWELL
aux Eclaireuses, Guides, Eclaireurs et Scouts Français
Cette déclaration fut prononcée devant toutes les associations
françaises de scoutisme au cours de sa visite à PARIS pour le 25ème
anniversaire des EUF et EDF
|
Je vous demande à tous, Guides ou Eclaireuses, Eclaireurs Unionistes,
Scouts ou Eclaireurs de France, d'avoir toujours comme but principal
l'oubli de toutes différences de classes ou de croyances, afin que le
mouvement scout reste fort parce que parfaitement uni.
Ainsi, vous travaillerez tous en commun pour le bien de votre Pays.
Lord Robert BADEN-POWELL |
C'est évidemment là un rappel à l'ordre discret, mais ferme
et répétitif, face aux intolérances et aux divisions du scoutisme de France.
LA CONSTITUTION
DU SCOUTISME FRANÇAIS
LES DÉCISIONS DE L'ORADOU (septembre 1940)
par Pierre FRANCOIS
NDLR. On évoque parfois l'Oradou en parlant du château Michelin,
(plutôt que de la Cité Michelin), célèbre famille qui donna une
cheftaine aux Scouts de France. Mais curieusement, on ne parle
jamais, au delà de cette évocation pour le moins superficielle,
du contenu des réunions scoutes qui s'y tinrent, ni des décisions
fondamentales qui y furent prises, comme si l'on voulait que leur
contenu reste ignoré, ou qu'il ne se dresse comme un reproche vis
à vis des positions sectaires qui ne manquèrent pas de revenir par
la suite et qui sont une des origines de l'état émietté à l'extrême
du scoutisme en France aujourd'hui.
C'est pourquoi, dans un but de vérité historique, SCOUTISME ET
COLLECTIONS tient à rappeler ce contenu, grâce au livre remarquable
de François et Kergomard, Le scoutisme chez les Eclaireurs de France
de 1911 à 1951.
Les relations entre les associations masculines de scoutisme en
France avaient été assurées par un Bureau Interfédéral (B.I.F.).
En raison de la défiance et de la tension qui existaient
singulièrement entre les E.D.F. et les S.D.F., cet organisme
n'avait qu'une portée et une efficacité réduites.
Le B.I.F. se réunit le 5 août 1940 à Vichy. Les présidents et
commissaires nationaux des diverses associations sont présents.
Après avoir constaté les services considérables rendus par toutes
les unités scoutes au cours des derniers mois, les participants se
préoccupent de l'avenir. Le désir se manifeste d'une union plus
forte, non point seulement par opportunisme puisqu'il convenait de
présenter un front commun face aux Pouvoirs Publics, mais pour unir
plus étroitement la jeunesse française au service de relévement de
la France.
Il est décidé de constituer à Vichy un petit B.I.F. permanent,
composé des commissaires nationaux de chaque association et d'un
secrétaire général. André Basdevant (EDF) est nommé à ce poste,
tandis que le Général Lafont, Chef scout des SDF est porté à la
présidence du B.I.F..
A partir de là, André Basdevant consulte les associations sur leur
conception de l'union. Si la nécessité d'une telle union apparaît
dans les circonstances présentes, des réticences se font jour quand
il s'agit de ses fondements. Les Scouts de France souhaitent
notamment qu'il soit reconnu que le scoutisme, selon Baden-Powell,
est religieux. Sans doute veulent-ils plus obtenir un assentiment
de principe que la modification du statut propre de certaines
associations, notamment de celle des E.D.F.
Après plusieurs entretiens privés, le petit B.I.F. réuni le 17
septembre, reconnait qu'un terrain d'entente est trouvé et qu'un
travail utile peut être entrepris. A cette fin, on se réunira au
camp de l'Oradou, du 24 au 26 septembre 1940...
Ce camp a réuni les responsables nationaux des Scouts de France,
des Eclaireurs Unionistes, des Eclaireurs Israélites, des Eclaireurs
de France, de la Fédération Française des Eclaireuses, et des Guides
de France. C'était la première fois que les associations masculines
et féminines se rencontraient en vue de travailler en commun.
C'était la première fois que les Eclaireurs Israélites étaient admis
à siéger sur un pied d'égalité avec les autres associations.
La délégation E.D.F. qui participe à cette réunion est composée de André Lefèvre, Commissaire Général; Pierre François, Commissaire National; Etienne Peyre, Commissaire National adjoint; Marcel Lévy-Danon, commissaire national adjoint, membre du Comité Directeur; André Basdevant, secrétaire général du B.I.F., membre du Comité Directeur.
Voici le texte le plus significatif de cette "CHARTE DE L'Oradou". :
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Ce qui unit tous les membres du Scoutisme Français, tant masculin
que féminin, c'est d'abord qu'ils sont les tenants d'un système
d'éducation qui crée un certain type d'homme et de femme.
Cette pédagogie a sur la nature de l'homme un optimisme mesuré.
Elle sait que l'homme n'est pas totalement bon, mais que l'on doit
toujours pour l'éduquer faire appel à sa collaboration active et à
son sens inné de l'honneur. Elle vise avant tout le perfectionnement
corporel et spirituel de ses membres au service du prochain et de la
Patrie. Le scoutisme est une école de civisme qui veut former des
citoyens actifs, joyeux et utiles.
La méthode de B.P. n'est pas une méthode quelconque de pédagogie
active : on constate que le scoutisme de B.P. est d'inspiration
chrétienne et qu'il a, dans ses préoccupations, la recherche de Dieu,
ses devoirs envers lui, le service des autres, l'amour du Pays.
Un scoutisme qui négligerait systématiquement ou mépriserait cela ne
serait plus le scoutisme de B.P.
Les membres du Scoutisme français ne veulent donc pas s'unir d'après
une formule de neutralité purement négative. Ils entendent manifester
de la compréhension et du respect pour toute croyance.
D'inspiration religieuse, le scoutisme n'aboutit pas de par soi à un
credo déterminé. Mais il est conforme à son esprit qu'il encourage
la recherche de la Vérité parmi ses membres et revête un caractère
confessionnel dans certaines associations.
En France et dans l'Empire colonial, le scoutisme s'adresse à de
très nombreux garçons et filles qui ne professent pas la foi
chrétienne, mais qui désirent vivre un idéal de franchise, de
service et de pureté conforme aux principes de la chevalerie
française.
Dans ces conditions, le Scoutisme français doit grouper, dans la
fidélité à l'idéal défini précédemment, les scouts croyant en Dieu
et ceux qui, sans adhérer explicitement à une religion, se sentent
en sympathie avec les croyants et recherchent, pour leur part, le
Vrai, le Juste et le Bien, dans la sincérité de leur coeur.
|
On peut concevoir, d'après ce texte, quel chemin a été parcouru par
les associations scoutes en France pour aboutir à une réciproque et
définitive reconnaissance de leurs respectives raisons d'être, en
même temps que le ralliement à des aspirations communes. Il faut
aussi noter qu'il y a dans la déclaration de l'Oradou un très notable
effort de rigueur dans la définition de ce qui peut constituer
l'"esprit" du scoutisme, jusque là, il faut le reconnaître, évoqués
en termes trop vagues. C'est ainsi que les textes de l'Oradou vont
dans le même sens que certaines des résolutions d'Auvillars mais les
dépassent en intelligence et en précision.
Cependant, les participants du Camp de l'Oradou ne se sont pas bornés
à chercher un dénominateur commun, ils ont également tenu à définir
les modalités de l'union entre les six associations.
C'est ainsi qu'il a été décidé d'aller aussi loin que possible dans
l'unification de la terminologie, des insignes, de la tenue et des
méthodes en usage dans les diverses associations. Les travaux du
Scoutisme français ont pu être conduits grâce à une organisation
bien structurée. A la tête du Scoutisme Français, il y a un
Chef-scout, élu pour trois ans par le Conseil national. Durant
son mandat, il ne doit pas détenir d'autre fonction dans l'une
des associations. Le Conseil national est composé des présidents,
commissaires généraux, et aumôniers généraux des associations
masculines et féminines. Aux échelons provincial, départemental,
et local, ont été institués des collèges du Scoutisme français qui
désignent un délégué, nommé par le Conseil national.
Les décisions de l'Oradou ne devaient pas rester sans lendemain.
Elles ont été suivies d'une effective mise en oeuvre. Malgré
certaines hésitations et résistances, surtout au début, l'union du
Scoutisme français a été une réussite.
C'est que, tout d'abord, les constituants ont bien visé, en
aménageant juste ce qu'il était possible d'union, en préservant la
diversité et l'indépendance des associations nationales.
C'est aussi que les destinées du Scoutisme français ont été confiées
à deux personnalités exceptionnelles : le Général Lafont, Chef
scout, et André Basdevant, secrétaire général. Le premier a conquis
d'emblée l'adhésion, le respect, et l'affection des responsables de
toutes les associations par la finesse de son esprit, son humour, sa
courtoisie, ses qualités de coeur et son équité. Il manifestait de
plus une parfaite connaissance du scoutisme, de ses possibilités et
de ses limites. Le second, pour sa part, était bien connu pour la
vivacité de son intelligence, son pouvoir d'analyse et de synthèse,
sa compétence juridique et sa longue pratique du scoutisme. On
appréciait ses réparties spirituelles et sa façon souriante de
ramener les choses et les incidents à leurs vraies dimensions. Le
général Lafont et André Basdevant ont été les grands artisans de la
constitution du Scoutisqme français, de plus en plus uni et de plus
en plus apte à remplir sa mission sur des voies semées d'embûches.
Il s'agissait de protéger le scoutisme dans son
ensemble et chaque association en particulier : le scoutisme laïque
et surtout le scoutisme israélite, particuliérement visés, ont le
plus bénéficié de cette protection.
Le travail d'unification a été poussé très loin en ce qui concerne
les tenues, le cérémonial et les épreuves de degrés et de brevets.
Le Scoutisme français, en instituant des collèges aux niveaux local,
régional et national, a favorisé le rapprochement et la coopération
d'hommes et de femmes qui jusqu'alors s'ignoraient ou s'opposaient.
On vit disparaître l'antagonisme naguère profond du scoutisme laïque
et des scoutismes confessionnels. Cela ne se passa pas sans de
réciproques concessions : d'une part les E.D.F. abandonnaient leur
monopole d'accès à l'enseignement public, mais il ne pouvait en être
autrement dans le climat politique d'alors, si favorable à l'église
catholique et si hostile à l'esprit laïque. En fait, les E.D.F. ont
plus perdu sur le plan des principes que dans la pratique. Ils ont
continué à profiter largement de la sympathie et de l'accueil de
l'enseignement public, d'autant plus que leur association demeurait
la seule organisation laïque à fonctionner. Dans le même temps,
l'église catholique, ses prêtres et sa hiérarchie renonçaient à
prononcer des interdits à l'égard des E.D.F.. Ce changement
d'attitude mit non seulement fin à une guerre néfaste mais
permit à des français, croyants et non croyants, appartenant à des
organisations confessionnelles ou laïques, de converser et de se
concerter sans pour autant affadir leurs convictions respectives.
On ne peut concevoir l'importance de ce changement qu'en se
souvenant de l'âpreté du conflit qui opposait les deux camps
auparavant.
L'union sera si bien consolidée qu'elle tiendra encore au delà de
1945 et qu'elle permetttra la réussite d'une entreprise aussi
considérable et difficile que l'organisation et le déroulement en
France du jamboree de 1947.
Ce chapitre ne peut se clore sans rappeler les liens privilégiés
qui ont été noués entre les Eclaireurs de France et les Eclaireurs
Unionistes aux heures noires et difficiles qui ont suivi la
défaite.
L'union du scoutisme français, il n'avait pas été nécessaire pour
les E.D.F. de la sceller avec les Eclaireurs Unionistes. Les
relations traditionnellement étroites avec les E.U.F. n'ont pu que
se resserrer au cours de cette période. Au delà de l'entreprise
commune des camps-écoles, les E.D.F. ont grandement apprécié les
conversations et consultations qu'ils ont eues alors avec les
Eclaireurs Unionistes. C'est avec eux que la convergence des pensées
sur les événements et les hommes apparaissait la plus nette et
causait le plus de réconfort. De plus, la conscience exigeante des
Eclaireurs Unionistes a, dans plusieurs circonstances, pesé de façon
heureuse sur les choix et les comportements des E.D.F.
Jean Gastambide, commissaire national des E.U. et toute son équipe,
singulièrement André Mendel, Jacques Lochard, Pierre et Jacques
Cadier, ont été pour leurs partenaires E.D.F. de véritables associés
et d'incomparables amis.
Extrait de "Les E.D.F. de 1911 à 1951", par François et Kergomard
Annexe : LES RESOLUTIONS D'AUVILLARS (1940)
Note de la Rédaction. Il ne faut surtout pas confondre les
Résolutions d'Auvillars avec la Charte de l'Oradou. Les résolutions
d'Auvillars furent un conseil de commissaires nationaux et régionaux
des Eclaireurs de France réunis les 10 et 11 septembre 1940 à
Auvillars en Zone Libre.
Cependant, on trouve parmi les décisions prises par l'assemblée
des principaux responsables des E.D.F. et qui furent acceptées à
l'unanimité, certaines d'entre elles qui paraissent annoncer les
plus fondamentales qui seront prises quinze jours après à l'Oradou
mais cette fois par les associations françaises toutes réunies les
25 et 26 septembre.
Voici un extrait des points 1 et 2 d'Auvillars sur la spiritualité :
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Les résolutions d'Auvillars comportent d'autres points. Signalons le
troisième où le Conseil décide de transformer la Fédération des EDF
en Association.
Cette centralisation, adoptée également dans les autres associations
françaises de scoutisme, eut des effets très divers sur lesquels les
avis sont très partagés. Cette décision apparemment innocente eut à
long terme l'effet de faciliter les réformes.